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Un extrait du « Berger d’Autrefois » André BRUNET, mon Père.

Texte écrit par Joseph BRUNET

Dès 19 ans, en 1917 il était déjà berger en second tant aux estives qu’en période hivernale.

Le berger responsable du troupeau trois mille moutons et de l’ensemble de ses subalternes, était demeuré célibataire, voué exclusivement à son métier. Il était âgé et souffrait énormément lors de la montée aux estives. Son état imposait que c’est à dos de mulet qu’il se rendait à sa montagne.

Il avait un chien d’environ 10 ans qui ne le quittait jamais ; la nuit il dormait sous son lit.

Mon père avait son chien également, plus jeune et qu’il avait dressé au sifflet et au geste. Lorsqu’il était loin et hors de portée d’écoute du sifflet, mon Père nouait son grand mouchoir blanc au bout de son bâton, et par gestes lents et directionnels, c’est ainsi qu’il travaillait alors à vue. Lorsque mon Père abaissait le bâton, il revenait vers son maître où la caresse n’était jamais oubliée, ainsi que les mêmes mots de remerciements.

Un très gros chien noir, d’attaque contre l’ours était également présent aux estives durant les quatre mois. Il fut à deux reprises blessé d’un coup de griffes par l’ours. Le vieux berger l’avait dressé par la voix d’attaquer l’ours par l’arrière, c’est ainsi qu’il eut la vie sauve lors de plusieurs accrochages. Chaque soir, le troupeau était regroupé autour de la cabane et dès la nuit, les 6 jeunes « rébadans » de 14 à 17 ans allumaient des feux en périphérie du troupeau afin de dissuader l’ours de s’approcher. A tour de rôle, 2 jeunes veillaient en ajoutant du bois afin que les feux ne s’éteignent pas. Ils étaient relayés par deux autres jeunes vers 2 heures du matin.

Le gros chien effectuait ses rondes autour du troupeau à une trentaine de mètres de celui-ci, afin de prévenir assez tôt son patron.

Le berger avait un fusil et des balles. Il  apprit à mon père à s’en servir. Les tentatives de l’ours étaient assez fréquentes. Dès que le Patou aboyait, mon Père sortait avec le fusil et souvent il était contraint de tirer en direction de l’intrus ; une nuit, malgré la détonation et dont le tir l’avait atteint, il fut dans l’obligation de se saisir d’un tison enflammé d’aller à sa rencontre et de le jeter à la face de l’ours qui continuait d’avancer ; c’est alors que le plantigrade fit demi-tour et que le Patou l’attaqua et le mordit par l’arrière, l’intrus s’éloigna en grognant.

Dès l’approche de l’ours redouté des moutons,  ils étaient tellement apeurés, qu’ils se regroupaient tous en rond dans un tintement étourdissant de toutes leurs clochettes.

Les deux mulets pendant la nuit étaient attachés derrière la cabane, eux également étaient effrayés lors de son approche et se cabraient en hennissant.

Un jour, avec son chien lors de sa tournée habituelle, mon Père obliqua en direction d’un bosquet pour s’assurer qu’aucun mouton ne se trouvait à l’intérieur. Son chien avait l’habitude de marcher devant et se retournait souvent pour s’assurer qu’il était suivi. Soudain, il s’arrêta et refusa d’avancer. Ils étaient à une vingtaine de mètres de l’orée du bois. Intrigué, mon père l’appela mais rien n’y fit, le chien n’avançait pas et demeura assis. Parvenu au bosquet, il emprunta un sentier qui serpentait. Soudain, l’ours se dressa sur ses pattes arrière. Le sursaut de mon Père fit tomber son béret vers l’arrière et il s’échappa en direction de son labrit. C’est alors qu’il comprit que son chien avait flairé la présence de l’ours.

Le lendemain, armé de son fusil et accompagné de son chien « qui alors le suivit » récupéra son béret. IL s’approcha de l’endroit où s’était dressé l’ours; seule la peau du mouton était là et entière. La pauvre bête avait été dépecée entièrement.

L’état de santé du vieux berger s’aggrava. Mon Père lui proposa de le descendre le lendemain au village. IL refusa en lui disant, je sens que je vais partir André, mais je veux mourir ici dans ma montagne près de mes moutons, de mon chien et de vous tous ; tu me descendras après. Continues à bien t’occuper du troupeau, sois prudent car l’ours reviendra. Que les jeunes viennent un par un afin que je les embrasse tous.

A la tombée de la nuit, il appela mon Père ; André approche ; en l’embrassant il lui dit, tu feras ceci  c’est un ordre; que personne ne pleure lorsque je serai mort. J’ai toujours été heureux en montagne avec mes moutons, mon chien et eux aussi avec moi, je le sais.

A présent, tu montes mon chien sur le lit près de moi, et laisse- moi seul avec lui. Mon père avait compris qu’il voulait le serrer dans ses bras jusqu’à son dernier souffle. C’est ce qu’il fit durant la nuit.

Le lendemain matin, il s’endormit pour toujours. Aussitôt son chien près de lui, ses deux pattes allongées sur sa poitrine sur lesquelles reposait sa tête, pleurait en léchant les mains de son maître que mon Père venait de croiser.

Mon Père fit mettre le bât à chaque mulet, puis le corps enveloppé dans une couverture fut placé sur un bât et ligoté, car la descente était très pentue.

Au plus âgé des jeunes, mon Père intima  l’ordre de le remplacer jusqu’à son retour et d’attacher son chien. Le chien du défunt le suivit.

Parvenu au village, il se dirigea vers la maison de son patron. Tous les habitants furent consternés par la disparition du berger.

Le lendemain se furent les obsèques « en terre », une croix en bois « sans nom » qui, nouée à l’aide d’une corde fut placée sur la tombe.

De retour chez le Patron, ce dernier entouré par d’autres éleveurs dit à mon Père. Désormais André, tu deviens le berger en premier, et la solde que tu percevras en automne sera revue. A l’époque, tout accord valant transaction était concrétisé par une frappe de main des deux intéressés et respectée.

Les mulets furent chargés : un de plusieurs sacs de 25 kgs de gros sel pour les moutons, l’autre d’alimentation. Mon Père prit le chien du défunt en laisse et se rendit après 4 h de marche à la cabane.

Le soir, le jeune qui préparait le dîner de chaque chien, « un seul repas par jour » informa mon Père que ce chien refusait de manger, laisse le c’est normal.

Pourquoi un seul repas par jour le soir au chien de berger ? C’était la tradition qui affirmait ; si le chien mange à midi, sa respiration s’en trouvera diminuée, et il ne pourra  plus monter aussi rapidement en montagne lorsque le berger lui en donnera l’ordre, car il sera essoufflé. Par contre, le soir son repas doit être aussi copieux que celui du berger.

Vers 23 heures un autre jeune prévint mon Père que ce chien avait disparu. Le surlendemain mon Père descendit  dès l’aube au village avec les deux mulets.

Il se rendit chez son patron et l’informa que le chien les avait quittés. Leurs recherches au village s’avérèrent vaines. De retour chez le patron, le grand père leur dit ; vous cherchez ce pauvre chien là où il ne se trouve pas, moi je sais où il est ; allez donc au cimetière.

Ils s’y rendirent. Parvenus à l’entrée, ils entendirent les pleurs et les gémissements de cette pauvre bête qui de ses pattes avait découvert entièrement le dessus du   cercueil sur lequel il était allongé et qu’il léchait sans cesse.

Leurs regards se croisèrent, et instinctivement chacun s’éloigna de son coté, tant la scène à laquelle ils étaient confrontés était poignante. Mon Père l’appela mais en vain. Il descendit sur le cercueil caressa cette pauvre bête, le prit dans ses bras et le transporta chez son patron où, soutenu tant il était épuisé, il se désaltéra avidement. Mon Père revint au cimetière pour recouvrir la tombe.

Les mulets furent chargés et une couchette sécurisée fut improvisée pour transporter le chien épuisé ; mon Père dit à son patron, je tiens à ce qu’il remonte aux estives afin de l’éloigner du cimetière et il continuera avec moi la garde des moutons.

Parvenus à la cabane, le chien monta sur le lit de son ancien patron et pleura longuement. Le lendemain  devant la cabane, le museau appuyé sur ses pattes allongées, il soupirait. Le jeune qui s’occupait de préparer le repas de chaque chien, réussit en le caressant sans cesse à ce qu’il mangea sa ration dès la tombée de la nuit.

Vers 22 h un jeune s’écria, André le chien du berger est parti.

Cette pauvre bête, « si on peut l’appeler ainsi », partait tous les soirs après dîner, descendait au village et se rendait au cimetière où il dormait par tout temps, sur la tombe de son ancien Maître. Le lendemain à l’aube, il était de retour allongé près de la porte de la cabane pour assumer sa fonction. Dès que la porte fut ouverte, il sauta et s’allongea sur le lit de son ancien Maître.

Mon Père partit en tournée avec lui « et également avec son chien » afin qu’il puisse, non pas pour oublier son ancien maître, mais à l’amener peu à peu à reprendre ses obligations pastorales.

De retour le soir devant la cabane, son museau appuyé sur ses pattes avant allongées, il pleurait sans cesse la disparition de son Maître qu’il l’avait élevé, lui avait appris son métier et l’avait tellement choyé.

Chaque soir après dîner de nuit, ce chien s’approchait de mon Père, fixait intensément son regard   comme pour le supplier ; aussitôt il le caressait et de la voix et du geste lui disait ; allez pars. Le chien manifestait alors son contentement en sautant contre mon Père qui le caressait à nouveau et partait en aboyant de joie.

Chaque nuit jusqu’à fin septembre lors de la descente du troupeau, ce pauvre chien  descendait  dormir sur la tombe de son Maître, et à l’aube il était de retour devant la cabane pour partir en tournée avec mon Père ; tous les jeunes dès son arrivée l’embrassaient et ne pouvaient contenir quelques larmes.

Cette authentique anecdote mon Père la raconta souvent en concluant; tout au long de ma carrière j’ai eu de nombreux chiens, mais c’est celui là qui encra dans ma mémoire, cette reconnaissance et attachement jamais égalés, qu’il manifesta envers son maître.

En raison de son âge avancé qui ne lui permettait plus de se rendre aux estives, le Patron de l’ancien berger, dit à toute sa famille ;  désormais ce chien à sa place chez nous.

Tous les jours, il se rendait au cimetière et se couchait plusieurs heures sur la tombe. Lorsque ses pattes ne le soutinrent plus, le Patron le prenait dans ses bras et le transportait souvent sur la tombe où il ne cessait de pleurer la disparition de son maître ; c’est sur cette dernière qu’allongé, il mourut.

Bazus-Aure le25 février 2014

Fin de cette poignante anecdote

Joseph Brunet.

Suite récit du chien de berger

Cabane d’Aspin-Aure prise de ¾ gauche Sud-Est montagne de Cap de Long.

Mon Père et son chien Moustache devant la cabane d’Aspin à la montagne de Cap de Long. Il affine au couteau le collier en bois de pin. Sur son genoux droit 2 « canaoulés » déjà terminées. A droite de la fenêtre, les diverses clochettes et des trucs. Ces derniers n’étaient portés que lors de la transhumance, à la montée et lors de la descente des estives.

Dès 1982, il vécut  Au Logis d’Aure, Maison de retraite à Guchen.

Mon Père à 85 ans en 1983.

Il avait tellement marché en haute montagne et surtout par fortes déclivités lors de tournées journalières allant parfois de 14 et 16 heures et ce durant 53 étés, que le cartilage des articulations des hanches et du fémur n’existait plus.

Il était contraint de se déplacer avec des cannes anglaises.

IL me raconta que le radiologue et son médecin traitant à l’aide des clichés lui avaient démontré, qu’à chaque pas ses douleurs provenaient du frottement des os entre eux. En raison de son âge, l’essai de béquilles fut déconseillé pour éviter toute perte d’équilibre.

La nuit du 30 Juillet 1988 à l’âge de 90 ans, il décéda pendant son premier sommeil à 1 h 30. Le Docteur Darques me dit, vôtre père n’a pas souffert, il est parti sans s’en rendre compte.

Les pensionnaires, le personnel soignant et le Directeur, tous unanimes me déclarèrent : le boute-en-train  qu’était vôtre père nous manque et nous manquera. Durant les 6 années qu’il vécut ici, sa jovialité, politesse, l’attention qu’il avait envers tous, le plaisir qu’il avait à faire découvrir la vallée à ceux qui ne la connaissaient pas et à nous raconter sa vie de berger et autres péripéties de la haute montagne, créa une ambiance telle, que le soir au salon toutes et tous se réunissaient autour de lui pour l’écouter.

Quelques jours après qu’il nous quitta, je me rendis au Logis d’Aure à la demande du Directeur. Avant mon départ, je saluais et remerciais tout le personnel sans oublier les pensionnaires qui étaient au salon où je me rendis.

Monsieur Jacques Brun de Cadeilhan-Trachère que je connaissais depuis très longtemps car nous avions travaillé ensemble durant 3 ans au chantier S.A.E Chute de Fabian, me dit en posant sa main droite sur mon épaule ; Joseph, tu vois cette chaise vide, c’était celle de ton père.

Nous avons tous convenu, ainsi que Monsieur Le Directeur, que désormais elle demeurerait à sa place, mais vide en respect et souvenir de ton pauvre père.

Je remerciais tout le personnel présent de cette attention et quittais la Maison de Retraite de Guchen, lorsque Monsieur Jacques Brun me dit ; Joseph, je t’accompagne jusqu’à la voiture.

Nous échangeâmes quelques souvenirs des Travaux Publics, car nous avions travaillé ensemble durant 3 ans au chantier S.A.E de la chute de Fabian,  puis, après une longue et amicale accolade il me dit ; à présent Joseph pars de suite.

Je démarrais ma voiture tout en suivant des yeux ce brave homme qui, en poussant la porte d’entrée se retourna et m’aperçut ; il m’adressa un geste de sa main droite laquelle tenait un mouchoir. A mon tour, je le saluais de nouveau d’un geste de main.

Hélas, ce fut nôtre adieu.

Souvenir

Je ne terminerai pas ce récit sans adresser mes plus sincères remerciements à Monsieur Pierre FORGUES, qui très souvent se rendait à la Maison de Retraite de Guchen, sans oublier de rendre visite à mon père. Ils s’étaient liés d’amitié et ne manquaient pas chacun à leur tour, de relater leurs souvenirs de la montagne en Haute Vallée d’Aure.

Après le décès de mon père le 30 Juillet 1988, Monsieur Pierre Forgues lors d’une de nos rencontres me dit ; André vôtre père avait des difficultés pour se déplacer. Un jour, je lui fis une proposition ; André, ça vous ferait plaisir de remonter un jour à Aumar oh oui. Eh bien nous allons convenir d’une date, je viendrai vous chercher tôt le matin.

Il revit ce beau site du Néouvielle où il avait été berger de nombreuses années, pas de cabane à cette époque là, il s’installait dans une baraque en bois où jadis était entreposée une barque. Pas de cheminée, il préparait ses repas à l’extérieur par tout temps, où il cuisait ses repas sur une grille métallique posée entre deux blocs séparés constituant ainsi le foyer.

Il porta un lent regard circulaire vers la cime des crêtes depuis le Pic Anglade, « Hourquette de Grippe dénommée à tort le Col d’Aumar » Col de Madamette, Hourquette d’Aubert, brèche de Chausenque, le majestueux Néouvielle, le redoutable Ramoung, la crête très escarpée jusqu’au Pas du Chat, du Pic de la Hèche, la montagne des Laquettes puis éths Barris.

Avant de remonter à la voiture, il jeta un autre regard vers le pont qui enjambe le chenal du lac d’Aumar. Une dernière volonté lui dicta de remémorer tous les détails de ce beau site qu’il connaissait si bien, où il apercevait par mémoire visuelle les 800 moutons qu’il regroupait près de la baraque chaque fin de semaine pour les soigner, leur distribuer le sel et pour les compter. Il avait au préalable improvisé sur ce pont un couloir étroit à l’aide de branchages de pin, qui obligeait chaque mouton à passer lentement un par un. Par une douce touche de son bâton sur le fessier lui permettait de ne pas se tromper. Il avait dans la poche gauche de sa veste les 8 petits cailloux ronds qu’il avait choisis, et à chaque centaine il en mettait un dans la poche gauche de son pantalon. Lorsque le comptage était terminé il dégageait le pont de ces branchages.

C’est ainsi qu’il fit ses adieux à la montagne qu’il affectionnait tant, où il cessa à 65 ans, non sans regrets et nostalgie, d’être berger.

Bazus-Aure le 25 février 2014.

Joseph Brunet.

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