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Tramezaïgues : Monographies de 1887

Monographies de 1887.

A l’occasion de l’Exposition Scolaire de 1885, le Ministre de l’Instruction Publique avait prescrit à tous les Instituteurs de rédiger une description de la commune où ils exerçaient leur profession. Comme il était souvent un enfant du pays, l’instituteur connaissait le dialecte et les coutumes locales.  Il recueillit les traditions locales auprès des anciens.

Ces études ont été centralisées à Paris, puis réparties dans les Académies. Nous trouvons celles des Hautes-Pyrénées aux Archives Départementales.

Elles sont cependant de qualité – et de taille – très inégale. Certaines font à peine quelques pages, d’autres plus de deux cents; quelques-unes ne représentent rien de plus qu’un banal devoir sur un sujet imposé, d’autres sont tout à fait remarquables.

Ces monographies, obéissent à un plan strictement préétabli:

1. - Présentation détaillée et situation géographique de la Commune,

2. - Population,

3. - Chiffrer les différentes productions agricoles, éventuellement industrielles,

4. -  Décrire les moyens de communication,

5. -  Commerce local,

6. -  Histoire de la communauté,

7. - Faire le point sur l’enseignement primaire dans la commune, depuis une étude historique jusqu’à la description minutieuse du bâtiment d’école, en passant par les problèmes d’absentéisme, de l’état de l’instruction au niveau local, du traitement de l’instituteur et même du contenu de l’armoire bibliothèque.

(D’après les travaux de transcription de Madame Thérèse Clément)

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Monographie de la

Commune de Tramezaïgues

I

Tramezaïgues est un petit village aux maisons agglomérées, situé sur une plate-forme, entre le confluent de la Neste et du Rioumajou, dans les Hautes-Pyrénées.

Il est à 5 kilomètres de Vielle-Aure, son chef-lieu de canton, à 5 myriamètres de Bagnères-de-Bigorre, à 17 lieues et demie de Tarbes

Le territoire de cette commune d’une étendue de 3495 hectares est limité à l’est et au nord-est par des montagnes qui appartiennent aux habitants de Sailhan, Bourisp et Saint-Lary ; au sud par l’Espagne ;  au sud-ouest par des pacages de Guchan, à l’ouest et au nord par Aragnouet et Cadeilhan-Trachère.

Description physique du pays

Au sud de Tramezaïgues, on aperçoit un pic de même nom, à forme pyramidale, extrémité nord d’un contre-fort de 20 kilomètres détaché des Pyrénées entre la vallée du Moudang et celle du Rioumajou.

Sa zone supérieure, entièrement déboisée se gazonne pendant la belle saison. En automne et en hiver, des neiges s’y accumulent pour former de nombreuses avalanches qui font trembler parfois les habitants de Tramezaïgues.

Sur la partie moyenne s’étend, comme une ceinture noire, une vaste sapinière où la chute des neiges a fait de vastes clairières, de larges éraflures, des sillons et des ravines qui séparent des lignes de pins, des bosquets fusiformes dont la couleur bistrée contraste vivement, et suivant les saisons, avec les teintes livides ou grisâtres des rochers, l’aspect verdoyant des environs ou l’éblouissante blancheur des neiges.

La zone inférieure, tout étagée, comprend des prairies naturelles généralement séparées  par des haies de coudriers, des buissons et des halliers, des bosquets à pente déclive ; et enfin, autour du village des champs et des prés toujours couverts au printemps d’une végétation luxuriante qui ajoute un charme de plus à l’aspect pittoresque du pays.

Au couchant et au nord-ouest, la silhouette du pic d’Arrouyes, (2561 m d’altitude) projection d’un contrefort qui aboutit à Lannemezan, se dessine en forme d’éventail. Son flanc oriental, abrupte et scabreux, apparaît, de Tramezaïgues, comme un terrain aride et grisâtre, parsemé de buis et de chênes rabougris, de roches livides, ternes ou rougeâtres. Par intervalles, on aperçoit des éboulements et des ravinettes sinueuses qui descendent vers la Neste comme d’immenses serpents gris. Cette surface présente l’aspect triste et monotone d’un vaste filet à mailles inégales, larges et grises, étendu sur un fond vert.

Au printemps, le feuillage des chênes jette un peu de vie et d’animation sur ce pauvre tableau.

Dans la zone inférieure, le regard étonné trouve des champs à pente si rapide qu’il faut être pauvre et montagnard pour les cultiver.

A l’est, le pic de Caneilhes, jeté vers le couchant par le contrefort qui sépare la Vallée d’Aure de celle du Louron,  présente aussi un aspect triste et désolé. D’un côté la forêt de Caneilhes, une pauvre sapinière dont les arbres peu élevés meurent sur pied dès leur tendre jeunesse, de l’autre des prairies presque stériles s’étendent comme un tablier de verdure au milieu du flanc occidental de la montagne de Berdalades (2707 m) entre des roches disséminées et d’affreux précipices au pied desquels gronde le Rioumajou qui forme sur ce point une infinité de cascatelles.

Au nord-est, un angle du pic d’Arrouyes et un avancement de celui de Caneilhes semblent fermer la Vallée à 1 km de Tramezaïgues. Par dessus cette gorge, une échappée de vue laisse entrevoir la charmante colline où les habitants de Camparan, de Grailhen et d’Estensan ont disputé à la nature sauvage la dernière parcelle de terre arable.

Enfin, au sud-ouest, une série de monticules et de fondrières semblent intercepter toute communication entre Tramezaïgues et Aragnouet. Plus loin, dans la même direction, le pic des Aiguilles, ainsi nommé à cause de la forme élancée de ses pitons inaccessibles fait comme une dentelure sur le dernier rempart de l’horizon.

Cette espèce de cirque au centre duquel s’élève Tramezaïgues est éminemment pittoresque.

Cela explique sans doute pourquoi tant de promeneurs et de touristes y accourent de toutes parts pendant la belle saison.

Mais passons pour explorer la vallée secondaire du Rioumajou.

Il est difficile de trouver un pays où les contrastes et les surprises se multiplient comme dans celui-là.

A son point de jonction avec la Neste de la vallée d’Aure, près de Tramezaïgues, cette gorge est étroite, sombre et boisée. Mais elle offre déjà les agréments des plus frais ombrages, et les fortifiantes émanations de la térébenthine y parfument l’air.

Allons plus loin. Un bruit effrayant se fait entendre : c’est une des nombreuses cascades du pays qui frappe d’abord l’attention du voyageur, comme pour provoquer sa curiosité et lui promettre de nouveaux plaisirs.

On s’arrête étonné ; on écoute, on regarde, on admire. Les eaux s’élancent en bonds impétueux, font des chutes et des rechutes, tourbillonnent dans les airs ou glissent à travers une sorte de tuyau et des réservoirs semi-sphériques qu’elles ont creusés dans le roc.

Avançons. Le chemin, toujours carrossable se continue vers l’Espagne, à travers un défilé qui se prolonge, encore étroit et boisé, sur une longueur de 2 kilomètres environ,  puis, la gorge plus capricieuse, mais plus agréable, s’élargit ou se resserre par intervalles inégaux. Les contreforts qui la limitent se rapprochent ou s’éloignent, encaissent le ruisseau et le font mugir, ou le laissent couler libre, limpide et paisible à travers de charmantes et vastes pelouses où bondissent pendant la belle saison les nombreux troupeaux du pays.

A droite et à gauche de la route, on voit, non sans étonnement, sur le flanc des montagnes, au fond de la vallée ou sur le bord des précipices des prairies plus ou moins fertiles dont l’aspect verdoyant et frais tranche agréablement avec les diaprures des rocs, les nuances des moraines, des ravines ou des sapinières des environs.

Les premiers habitants de cette région allèrent combattre la  misère jusqu’au fond du Rioumajou,  sur la frontière d’Espagne au cœur même des Pyrénées…

Ils formèrent près du Port de Caouarère une esplanade de riches prairies au centre desquelles s’élève un modeste hôtel connu sous le nom d’Hospice du Rioumajou

Entre ce site charmant et la ligne frontière s’élève et d’étend un plateau dont la surface gazonnée présente des renflements multiples qui donnent au terrain un aspect moutonné, verdoyant et onduleux

Mais les véritables beautés du Rioumajou ne se laissent pas deviner par l’excursionniste qui se contente de circuler à travers la route.

La vallée se ramifie à droite et à gauche et forme une multitude de vallons agrestes, isolés ou contigus, séparés par des montagnes ou seulement par les arêtes des pics. Entre les vals gracieux étagés jusqu’aux cimes les plus élevées on trouve souvent des précipices affreux où mugissent d’admirables cascades.

On dirait, certes, que la nature capricieuse a fait effort pour multiplier les contrastes des abîmes à côté d’une surface plane ; un monticule entre deux frontières ; les lagunes près des rocs sourcilleux ; de frais pâturages sur les sommets que sillonne la foudre ; des sources sur la crête des monts ; une végétation luxuriante à côté de la stérile moraine ; des plaques de verdure, des pelouses même sur la pente aride des rochers.

Les flancs verticaux d’une montagne sont parfois gazonnés. On ne se lasse pas alors d’admirer ces prairies aériennes dont la verte chevelure s’agite et se balance au gré des zéphyrs et des vents. On dirait, par instants qu’une pluie de verdure va inonder le bas-fond ; mais le tremblotement perpétuel de l’herbe se continue sans dépouiller d’un brin la singulière pelouse où l’agile chamois lui-même ne mettra jamais le pied.

Les sommets du Rioumajou s’arrondissent en dômes, s’élancent en pitons aigus, simulent la cime singulière d’une toiture échancrée par ses brèches, ou présentent l’aspect d’un gigantesque entonnoir.

Les flancs des montages généralement boisés ont été profondément lacérés par des ravines dont les proportions énormes font rêver à d’effroyables tempêtes, à des déluges et à des cataclysmes. Ces immenses sillons, comme pour effacer le souvenir de leur sinistre et antique origine, se sont en partie recouverts d’arbres et d’herbages. Ils n’en étonnent pas moins l’imagination. On frémit à la pensée des torrents qui creusaient ainsi le sol et qui, multipliés comme les traces de leur existence, durent confondre en un seul mille fleuves de vase, inonder les plaines et les collines et changer pour toujours les bords de la Neste et de la Garonne.

Sur le flanc occidental du contrefort que forment les pics de Lespade, de Castet, de Thos, de Lia, d’Escalet, d’Aret et de Tramezaïgues, se trouve, sur la frontière espagnole, un vallon agreste et charmant.

Tout d’abord, le regard s’arrête sur un vaste espace de prairies naturelles au ntre desquelles s’élève une vingtaine de bâtiments agglomérés qui présentent l’aspect d’un village.

Ce sont des étables et des maisonnettes que les habitants de Tramezaïgues ont construites pour mieux exploiter les riches pâturages qui s’étendent aux environs jusqu’à la cime des plus hautes montagnes.

A l’est et au couchant des masses élevées, blanches, rouges ou grises, tantôt abruptes et escarpées, tantôt boisées  ou couvertes de gazon, forment des remparts imposants. On y voit de profondes ravines creusées par les avalanches et les torrents.

Du midi, s’avance comme un promontoire une montagne gazonnée jusqu’à la cime et qui partage la petite et agréable vallée en deux branches égales. De ces gorges descendent deux ruisseaux qui viennent se joindre au milieu des prairies qu’ils partagent en trois parties.

Au nord, on aperçoit de loin la gorge étroite et boisée du Vis (?) qui aboutit à 800 m en aval d’Aragnouet et qui livre passage au chemin du Moudang carrossable dans la presque totalité de son parcours.

Relief du sol

Tout ce pays est couvert de montagnes élevées. Sur le territoire de Tramezaïgues et dans le Rioumajou se trouvent les sommets élevés de Batoua (3035 m), d’Aret (2940 m), de Lia (2862 m), des Aiguilles (2800 m). Le Moudang et le Rioumajou s’étendent entre ces montagnes à une altitude de 1506 m environ.

Roches

L’essence des roches est relativement variée : le schiste silurien, le calcaire, le marbre, le cristal (assez rare), le granit et le quartz y sont communs.

Curiosités naturelles

Le Pont d’Enfer entre St Lary et Tramezaïgues où la Neste s’est creusé un passage à travers la roche ; beaucoup de cascades dans le Moudang et le Rioumajou ; une grotte en colimaçon sur le chemin de l’Hospice, à 4 kms environ d’ici ; un lac au Moudang ; un  autre dans le quartier Lassas, entre le pic d’Aret et celui des Aiguilles.

Richesses du sol

Nos montagnes sont riches en forêts et en mines : le fer, le cuivre, le manganèse et le cobalt y comptent des gisements encore inexploités, mais leur existence a été maintes fois constatée par de nombreux ingénieurs.

Cours d’eau

Les principaux cours d’eau du territoire de Tramezaïgues sont la Neste – d’un débit de    (en blanc) par minute – qui descend des hauteurs où s’étalent les nappes bleues des lacs d’ Orédon, d’Aubert et d’Aumar ; le Moudang qui donne 30 mètres cubes par minute ; le Lassas d’un débit de 15 mètres cubes par minute et enfin le Rioumajou auquel on peut attribuer 32 mètres cubes par minute

Les crues

Les inondations ne sont pas rares dans ce pays. Elles produisent toujours des crues inquiétantes, parfois épouvantables.

Les plus importantes, celles dont on garde du moins le souvenir sont :

En l’année 1125, il se produisit, dit-on une sorte de déluge. Si l’on examine attentivement les environs de Tramezaïgues, on peut se faire une idée assez exacte de cette désastreuse inondation. D’après tous les indices, les eaux durent baigner la base de l’église et submerger toutes les maisons. Le remous des eaux dut déposer alors petit à petit, en se retirant, l’alluvion des propriétés qui s’étendent de chaque côté du village. Une croix commémorative taillée dans un roc (entre Tramezaïgues et Trachère) perpétue le souvenir de ce grand cataclysme. Voici d’ailleurs les dessins qui accompagnaient cette croix :

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En dessous se trouve la date : 1125. Aucun document ne mentionne cette inondation ; mais tout prouve qu’elle s’est produite. Sa date seule pourrait être problématique.

Au XVIII° siècle, s’il faut en croire M. Barifoux, une inondation terrible fait disparaître pour toujours plusieurs villages de la vallée d’Aure.

Dans la nuit du 28 juillet 1834, sur les monts qui séparent la vallée d’Aure de l’Espagne, éclata un violent orage mêlé de grêle qui dura 36 heures sans interruption. Des torrents épouvantables se formèrent dans le Rioumajou, dans le Moudang et dans les environs de Tramezaïgues.

La terre végétale descendit des sommets des montagnes, des forêts entières furent emportées. Bestiaux et récoltes, champs et prairies, ponts et chemins, usines et granges tout disparut sur les bords de la Neste et de ses premiers affluents.

Pas un œil à Tramezaïgues qui ne versât de larmes. Chaque famille en dehors de l’irréparable désastre qu’elle avait sous les yeux, se lamentait sur le sort d’une vingtaine de personnes qui étaient au Moudang avec tous les bestiaux de la commune.

Quand on sut que la forêt du Moudang était descendue, quand on vit les énormes barrages que ses arbres géants faisaient sur le lit de la Neste pour augmenter encore les malheurs de la plaine, on pleura la disparition des bergers de Tramezaïgues.

Quatre journées d’angoisse terribles s’écoulèrent. Les hommes les plus robustes et les plus hardis escaladèrent, en dépit des torrents, les montagnes de Lassas et de Sarrouès. Arrivés à la cime, ils oublièrent les désastres de la commune en apercevant encore les granges du Moudang dont les eaux sapaient la base. Tout n’était pas perdu !

Aussi rapides que les torrents, ils volèrent au secours de leurs frères. A l’aide de cordes qu’on avait emportées, on put jeter du pain à ceux qu’assiégeait un fleuve de vase.

Bientôt les eaux baissèrent. Hélas ! Ce ne fut que pour laisser partout dans la vallée des traces de ruine et de famine.

Je trouve une délibération du 9 août 1834 relative à ce désastre.

Pauvres gens, ils ne demandent pas une obole de secours ! Et pourtant, ils venaient de perdre tous les chemins, deux scieries, trois moulins, plusieurs granges, une forêt, des champs, des prés, les récoltes et beaucoup de bestiaux ! Il leur restait la résignation et le désintéressement. Comment d’ailleurs solliciter quelque chose quand St Lary et la plaine avaient disparu sous les sables !

Pour réparer tant de maux, Tramezaïgues s’imposa les plus durs sacrifices. Les 4445 francs qui se trouvaient dans la caisse municipale pour la construction d’un établissement sulfureux à l’Agaret, furent consacrés à la réparation des ponts et des chemins. Près de 200 arbres sont vendus sous le même objet sans pouvoir suffire aux exigences du moment.

En 1864, le 24 juin, un orage des plus violents éclata sur le pic de Tramezaïgues. Dans quelques instants plusieurs torrents traversèrent la sapinière de la Saubanère, fondirent sur les prairies d’Artiguettes puis sur celles du village qu’ils enterrèrent en partie, non sans emporter les deux plus belles vaches de la famille Estrade, dont le gardien, un bon vieillard ne fut sauvé que par miracle, je veux dire par un heureux hasard.

Les années 1872, 1875, 1886 ont été signalées par des inondations aussi fortes que celles de 1834, mais de beaucoup moins désastreuses, parce que des éboulements ne se sont pas produits dans les forêts.

Si le reboisement des montagnes s’impose comme un  impérieuse nécessité, le désastre que la vallée d’Aure eut à subir en 1834 semble indiquer qu’il est peut-être dangereux de l’appliquer aux terrains à pente très déclive et voisins des cours d’eau.

Gués, canaux et lacs

Les gués sont rares ou plutôt ils n’existent pas dans ce pays grâce à l’encaissement des rivières et à leur débit. Point de canal, à peine deux petits lacs : l’un à Lassas, l’autre au Moudang.

Eaux potables

Toutes les eaux des Tramezaïgues sont potables. Plusieurs sources méritent même d’être signalées comme excellentes. Elles se recommandent par leur saveur agréable et leur fraîcheur délicieuse, autant que par leur limpidité cristalline et leur salubrité remarquable. Une source de Sarrouès fait, dit-on, mourir les oiseaux qui y boivent et donne la fringale aux chasseurs et aux bergers Les eaux de la Peyrade, à Lassas sont aussi étonnamment apéritives. Celles de la Garisse, voisines du village ont été ordonnées à plusieurs malades sans qu’elles se distinguent des autres sources autrement que par les effets qu’elles produisent pour apaiser la fièvre.

Mais il en est deux qui méritent une mention spéciale : la fontaine ferrugineuse et la source sulfureuse de l’Agaret.

Les sources

La première se trouve dans le Moudang à un kilomètre des granges et des prairies dont nous avons déjà parlé. Elle attire tous les ans des étrangers par centaines. Dès le milieu du printemps; ils accourent vers cet agreste séjour. Les gens fatigués par des excès, les constipés, les anémiques et généralement tous ceux qui veulent combattre efficacement la pauvreté ou l’impureté du sang n’hésitent  pas à venir. Villageois et paysannes, citadins et citadines s’installent avec plaisir dans les modestes logis des bergers du Moudang

Point de meubles : à peine quelques ustensiles de cuisine. Des bancs grossiers, des jattes et des sébiles sont du luxe dans un pays où l’air et l’eau purifient, renouvellent et enrichissent le sang.

En dépit des inconvénients de cette installation primitive, les étrangers, même des gens de haut parage, affluent de plus en plus.

Un chimiste anglais, M. Lyte, disait que le Danemark seul  dans toute l’Europe possède des eaux ferrugineuses aussi précieuses que celles du Moudang.

Eaux minérales et sulfureuses

Une autre source dont la renommée n’est plus à faire, se trouve dans le voisinage de Tramezaïgues, à un mille environ. Elle vient sourdre à la base de la montagne de l’Agaret, près du chemin d’Aragnouet, sur la rive gauche de la Neste

Elle est connue sous le nom de source ferrugineuse de Tramezaïgues.

Après analyse, MM. les docteurs chimistes Fouga, Duplan et Latou de Trie ont écrit sur cette eau minérale le passage suivant qui se passe de commentaires : « La proportion de l’élément sulfureux (0,0531 par litre) la place à côté des eaux de Barèges, de Bagnères de Luchon et au-dessus des eaux de Cauterets, etc… etc… »

Il existe pour l’exploitation de cette source  précieuse un grand établissement thermal. Depuis longtemps déjà, un grand nombre de personnes (plusieurs centaines par an) sont venues y déposer leurs souffrances et y trouver la guérison de leurs maux. Aussi les malades accourent-ils de toutes parts et de plus en plus.

Altitude, climat

Tramezaïgues est à 896 m au-dessus du niveau de la mer. Le climat y est relativement rigoureux du commencement de l’automne à la fin de l’hiver parce que le village se trouve dans une pénombre pendant trois mois environ, encore ne voit-on le soleil que par échappées quand la pénombre se forme et quand elle a disparu en partie.

Heureusement la proximité des forêts  et l’abondance des bois de chauffage mitigent beaucoup l’âpreté du climat et le rendent supportable surtout pour les indigènes.

Le printemps et l’automne y sont ordinairement pluvieux et froids, quand ils n’apportent pas un peu de neige.

En été, le voisinage des montagnes et l’altitude rendent la chaleur d’autant plus supportable qu’un vent doux et agréable la tempère absolument quand le temps n’est pas à l’orage.

Vents et pluies

On distingue ici les vents par les effets qu’ils produisent. Les vents du sud, l’auster et l’autan, sont considérés comme une bénédiction en automne et en hiver et  comme un fléau pendant l’été et au printemps. Habituellement, ils amènent des pluies.

Ceux de l’ouest apportent des pluies et des bourrasques. Pendant l’été ils font craindre l’orage ou l’accompagnent.

Les vents du nord marquent le retour du beau temps. Ceux du levant et du nord-est, plus rares, assurent la pureté du ciel et une longue suite de beaux jours.

L’air,  toujours agréable à respirer, est parfois trop vif et trop froid.

En somme le climat est très salubre.

II

Population

Tramezaïgues ne comptait en 1886 que 128 habitants alors qu’il y en avait 144 en 1876. Il y a une diminution de 10 %

Cette dépopulation rapide peut s’attribuer à plusieurs causes principales.

Signalons d’abord l’insuffisance des récoltes et des revenus, la misère des habitants plus inquiétante de jour en jour.

Mentionnons ensuite un goût très accentué pour le tabac et la boisson et nous verrons diminuer encore par le fait même les ressources déjà trop modiques que les habitants pourraient consacrer à la nourriture.

D’autres causes non moins graves menacent de diminuer encore d’une manière sensible le chiffre de la population : la malpropreté du village, des granges et des cours ; l’habitude invétérée de tenir les fumiers en contact avec les habitations ; l’inhumation des cadavres à 20 ou  trente centimètres de la surface dans un cimetière attenant au village.

Hameaux, sections

A Tramezaïgues, les maisons sont très agglomérées. Dès lors, ni hameaux, ni sections ni quartiers. Il y a seulement 24 feux.

Organisation municipale

En application de la loi du 5 avril 1884, cette commune est administrée par un conseil municipal de dix membres, un maire et un adjoint. Un seul garde champêtre.

Ajoutons un instituteur et un vicaire.

Service des cultes

Pour les cultes le service est fait par un vicaire à qui la commune assure, outre la subvention de l’Etat un supplément annuel de 500 francs et le bois de chauffage en souvenir de la dîme du bois.

Finances, postes et télégraphes

Tramezaïgues pour les finances relève de la perception de Vielle-Aure, son chef-lieu de canton. C’est encore là que se trouve son bureau des Postes et Télégraphes. J’ajoute que tous ces services fonctionnent admirablement grâce à l’intelligence, à la probité et au dévouement des fonctionnaires qui les dirigent.

Revenus ordinaires

Ici, la valeur du centime est de 3 f 64

Les revenus communaux sont aujourd’hui insignifiants. Ils se composaient autrefois de ventes de coups et d’herbages. Mais le cours du bois est devenu si bas que les coupes restent invendues.

Conséquemment, les revenus se réduisent à quelques centaines de francs, produit des herbages, encore ces minimes recettes ont-elles un caractère aléatoire. Le moment est venu pour les habitants de cette commune de s’imposer des sacrifices particuliers pour payer les charges locales. Et pourtant, l’or a coulé à flots dans la Caisse municipale pendant de longues années. Mais des désordres et des gaspillages scandaleux ont amené ici une crise financière, d’autant plus regrettable que la prospérité du passé n’a pas empêché des emprunts…

Bien entendu, ceci ne s’applique pas à l’administration municipale actuelle, sur laquelle je ne puis porter aucun jugement.

III

Productions

Les terres cultivées embrassent une étendue de 92 hectares environ dont 29 hectares en champs. Le sol, par sa qualité, se prêterait assez à une culture variée mas le mauvais temps contrarie les semailles, les hivers sont longs, les froids intenses, les pluies trop fréquentes, les gelées du printemps trop rigoureuses. Pour tous ces motifs, le rendement des récoltes est insuffisant. Le tableau suivant d’ailleurs en donne un aperçu assez fidèle.

Tableau des productions

Seigle Pommes de terre Blé Maïs Sarrazin Orge Pois Haricots Fèves lentilles
600 ha 500 ha 100 ha 50 ha 150ha 15ha 10ha 5 ha 2h 1 hectolitre

On le voit, la culture du seigle est celle qui prédomine. Vient ensuite celle de la pomme de terre qui est sans  contredit aux yeux des gens du pays, la meilleure sauvegarde contre la faim.

Les terres qui avoisinent le village ont seules une fertilité remarquable, les autres ne payent pas, en général les sacrifices qu’exige leur culture.

Il est vrai que la routine préside encore à tous les travaux agricoles. Les amendements, les assolements, les drainages, les fumures artificielles ne s’implanteront pas de longtemps ici, grâce à l’aveugle obstination des vieux paysans qui veulent suivre jusqu’à la mort les procédés qu’ils tiennent de leurs ancêtres.

Les instruments de labour récemment inventés, les moissonneuses, les semeuses, les batteuses ne trouveront pas souvent des acquéreurs à Tramezaïgues, d’abord à cause du prix d’achat, ensuite parce que la presque totalité des terrains sont à pente rapide.

Il n’est pas impossible toutefois qu’une batteuse ne vienne détrôner le fléau car un ventilateur représente déjà les inventions modernes.

J’avais oublié de dire que jusqu’ici les cultivateurs ont eu la funeste habitude d’exposer le fumier au vent, au soleil et à la pluie. En dépit de tous les conseils, peu de chefs de famille ont fait bâtir des hangars. De là à une zone à fumier il y a loin.

Tout de même on s’achemine vers le progrès. Témoins les efforts que l’on fait pour augmenter les fumures : les fougères, la mousse, les herbes, les feuillages, les cendres et les boues viennent s’ajouter aux tas et améliorent les récoltes dans une mesure faible encore.

Bois et forêts

Les terrains boisés, d’une étendue de 447 hectares comprennent 186 hectares de sapinières, 271 hectares de bois taillis en environ 44 hectares de broussailles. Après le sapin, c’est le hêtre qui domine le pin rabougri, le chêne nain, le coudrier sont aussi largement représentés à Tramezaïgues.

Reboisement

La question du reboisement est toujours brûlante d’actualité. Elle échauffera les esprits ici toutes les fois qu’on l’agitera, précisément parce qu’elle exerce la plus grande  influence sur l’avenir économique de la population. On ne peut en effet songer au reboisement des montagnes sans mettre en question la suppression radicale des pâturages. Touchez aux pacages, vous tuez l’élevage et l’éleveur. Pas de milieu.

Cela est vrai que la rigoureuse application des lois foncières et peut-être un peu les fantaisies arbitraires des agents subalternes ont amené la disparition de nombreux troupeaux de brebis qui assuraient l’aisance de bien des familles. Depuis lors, plus de riches fumures, plus de récoltes abondantes, plus de revenu sérieux. Les propriétés particulières se sont appauvries, les herbages communaux se perdent en partie.

Après le reboisement, l’émigration serait la seule perspective raisonnable qu’on pourrait sérieusement envisager pour ces malheureuses populations.

Ce point d’ailleurs est jugé. Dans sa séance du 22 juillet 1882, la Chambre des députés s’est opposée, à la suite d’une délibération du conseil de Tramezaïgues à toute tentative de reboisement. Et, du même coup, elle a émis le voeu que le projet d’aménagement présenté par l’administration foncière fût repoussé purement et simplement.

Ce n’est pas tout. En approfondissant la question forestière, on peut se demander si la disparition des sapinières ne serait pas un immense bienfait pour cette malheureuse population.

En effet, des 380 F qu’a produit la dernière coupe, il faut distraire le dixième pour droits de timbre, d’enregistrement etc…. plus 320 F pour le traitement des garde forestiers, plus les remises qui reviennent au percepteur sur ce chiffre ; soit une diminution totale de 373 F !

Reste un bénéfice net de …7 F !

C’est donc pour assurer à la commune un  revenu de 7 F que les lois forestières ont fait disparaître les troupeaux de bêtes ovines qui décuplaient le rendement des propriétés, augmentaient les bonnes qualités du terrain, en produisant des revenus qui se chiffraient par plusieurs milliers de francs !

Mais les coupes ne se vendent pas toujours. Celle de l’année dernière est dans ce cas.

Il faut payer néanmoins les garde forestiers, les contributions communales, toutes les charges locales. On vend à vil prix les bois non soumis au régime conservateur. Ce sera fini dans 3 ou 4 ans. Et après ?

Derrière ce point d’interrogation se dessine une situation lamentable contre laquelle les arguties de l’Administration des forêts ne peuvent rien.

En un mot, le régime forestier est aussi ruineux ici que peut l’être le phylloxéra dans les pays de vignobles.

Produits de toute nature

Les mines sont nombreuses ici, mais elles ne sont pas exploitées. Il y a du fer, du cobalt, du plomb du manganèse et du cuivre.

Pour toute usine, un moulin et une scierie, point de manufactures.

Voies de communication, ponts

Sous ce rapport, Tramezaïgues est assez bien partagé. Une belle route nationale et un chemin vicinal le mettent en communication avec les villages des environs et le reste de la Vallée. Cependant les chemins vicinaux appartenant en propre à cette commune nécessitent des sacrifices considérables avant d’être en bon état de viabilité. Il y en a un surtout, le chemin n° 3 qui n’est carrossable qu’en partie.

Quatre ponts seulement se trouvent sur le territoire de Tramezaïgues : celui de Cannou (?) en pierre de taille sur le Rioumajou et la route nationale, entre cette dernière commune et St Lary ; celui du Moulin sur la Neste et le chemin vicinal n° 2 qui nous fait communiquer avec Tracherre. Quoique construit en maçonnerie, il a résisté à l’inondation de 1834 bien qu’il soit resté plus de trois jours sous les eaux, et en dépit de tous les barrages que les arbres formaient à cet endroit ; enfin le pont Lassarès sur le chemin d’Aragnouet et celui du Moudang que toute inondation fait disparaître.

Voies ferrées

Le chemin de fer le plus rapproché est à Lannemezan, à près de 50 kilomètres. Les chariots et les voitures publiques sont les seuls moyens de transport jusqu’à la gare la plus voisine ; mais ces moyens sont si onéreux que les richesses naturelles de la Vallée d’Aure ne pourront s’exploiter que le jour où une voie ferrée aboutira près de nos montagnes.

Pour aller au chef-lieu de canton, pas de moyen de locomotion : la marche s’impose. De Vielle-Aure à Bagnères les gens riches prennent des voitures, toujours ouvertes en dépit de toutes les intempéries. A Lannemezan, ils montent en wagon. Les pauvres sont obligés de partir et de revenir à pied quel que soit le mauvais temps parce que les transports sont trop dispendieux.

Tout cela semble militer en faveur du transfert du chef-lieu d’arrondissement à Labarthe  ou dans tout autre point plus central que Bagnères.

Pour se rendre à Tarbes, pauvres et riches suivent les mêmes voies que pour aller à Bagnères. J’ai oublié de dire que les déshérités de la fortune passent par le col d’Aspin, ce qui réduit pour les gens de Tramezaïgues, l’étape à 51 kilomètres environ.

Voitures publiques

Les voitures publiques sont parfois insuffisantes, et elles prélèvent trop souvent des sommes énormes pour le transport des moindres colis. On prend des sommes exorbitantes pour des bagatelles. Ainsi je conserve  pour une fois entre cent, un récépissé qui témoigne que le transport d’un kilo de livres m’a coûté 1 F 75.

Il serait indispensable qu’on réglementât un peu tout cela, et qu’on mît les voituriers et la police de contrôle sous la férule de la loi.

Commerce local

Le commerce local se réduit à peu de choses : à peine quelques ventes d’œufs, de beurre, de bois et de bestiaux. Tout au plus on vend une trentaine de bêtes à cornes, deux ou trois poulains ; on achète à peu près autant de brebis et de porcs et c’est tout.

Foires et marchés

Les foires et les marchés sont assez nombreux  mis il serait désirable que les milieux où l’on pourrait les tenir fussent plus rapprochés du sud de la Vallée, à St Lary par exemple.

Les gens d’Aragnouet doivent faire 60 km pour aller au marché le plus voisin et pour en revenir.

Mesures locales

Les mesures en usage dans la commune sont : pour les longueurs : la canne (1 m 77), le pouce et la ligne parfois et l’empan : 0 m 222 ; la couperade (1 are 82) et le journal (22 ares 43) pour les superficies ; le coupeau  ou coupet ( l3 l 66) et la mesure ou double-décalitre. Pour le reste on est en plein dans le système métrique.

IV

Étymologie

TramezaIgues vient du latin tra, diminutif de tram, par delà et de mez, diminutif de mezan (milieu) et enfin du mot patois aïgues. Ce nom signifie donc au-delà et au milieu des eaux.

Histoire municipale.

L’existence de Tramezaïgues remonte à des temps reculés. Une pièce trouvée dans les archives semble prouver que cette commune avait des titres datés de l’an 160 et d’autres de l’année 168. Au reste, la présence d’un préfixe latin dans son  nom permet de croire que ce village avait pris naissance à l’époque de l’occupation du pays par les Romains. Ce qui donne surtout un caractère de certitude à cette probabilité, ce sont les ruines d’un château fort dont la construction, s’il faut en croire M. Bariponse (?) remonterait à l’expulsion des Wisigoths de la Gaule.

En dehors de ces conjectures, des pièces authentiques  prouvent que Tramezaïgues existait avant l’an 888. Une pièce que je n’ai pu lire porte cette date. Une autre de 1177 parle de la Porte d’Espagne, une porte fortifiée dont  les montants et le cintre en marbre sont encore debout à 110 mètres d’ici, à l’entrée de la gorge d’Aragnouet, sur l’ancienne route royale.

Des titres divers sur les propriétés communales portent le millésime de 1478.

Depuis cette époque jusqu’au milieu du XVII° siècle on ne sait rien de saillant sur l’histoire de la commune.

Toutefois, une pièce religieusement conservée nous apprend qu’en 1530 les gens de Tramezaïgues et d’Aragnouet crurent préserver leurs bestiaux d’une peste qui sévissait dans le reste de la Vallée d’Aure et qui décimait la race bovine.

Comme spécifique contre ce fléau, ils firent maintes processions à une chapelle située près d’Aragnouet. La madone de Méyabat fut sourde à toutes les prières et la peste infesta la commune de Tramezaïgues comme les autres. Plusieurs personnes même furent atteintes. On les cantonna par mesure sanitaire, dans un coin du territoire où les malades et les animaux couchaient pêle-mêle à la belle étoile.

En 1601, une petite chapelle ayant appartenu aux Templiers fut érigée en église paroissiale. Bientôt, vers 1660, Tramezaïgues devint le siège d’une succursale qui avait pour annexes les hameaux d’Eget, d’Aragnouet et du Plan.

La même année, une ordonnance de réformation stipule les obligations des habitants de la commune et des quatre vallées (Aure, Neste, Barousse et Magnoac) touchant le château de Tramezaïgues. Il y est dit textuellement : « Tramezaïgues a un château appartenant au sieur Roy et Baron (celui de Barbazan) servant pour la garde du passage d’Espagne et aussi de prison pour y tenir les prisonniers de justice. Tous les habitants d’Aure, Magnoac, Nestes et Barousse sont tenus d’y faire garde tant pour la défense du pays que du Royaume de France.

Item, que les habitants de Tramezaïgues sont tenus de garder 3 jours et 3 nuits ledit château lorsqu’il y a des prisonniers. Durant ces trois jours, le capitaine du château est tenu d’avertir les autres lieux et villages de la Castelanie (Châtellenie) pour faire la garde des prisonniers chacun par son rang durant l’espace de 40 jours durant lesquels les habitants de ladite Châtelainie sont tenus de garder les prisonniers, le tout à leurs propres coûts et dépens »

En 1663, une ordonnance royale confirma la précédente et concéda aux habitants de Tramezaïgues plusieurs avantages. Moyennant le payement de 100 F une fois pour toutes et une pension perpétuelle de 6 livres, ils furent confirmés dans la possession de leurs propriétés communales ;  de plus, ils acquirent le droit d’élire annuellement un consul « qui prêtait serment entre les mains de celui qui sortait de charge ».  Ils purent nommer également par voie d ‘élections un lieutenant de Baïllé, procéder à l’estimation des dommages portés sur leurs fonds ; bâtir fours et moulins, tenir taverne et boucherie, et généralement jouir de tous autres privilèges accordés aux habitants de la vallée d’Aure.

Aux termes de cette ordonnance, les consuls avaient le droit d’exercer « la justice politique jusqu’à concurrence de trois livres », de « pignorer » et « acarnaler » – cela exprime le droit de confisquer une partie des troupeaux surpris en délit de pacage, – à la charge de payer au Roy le 1/4 du droit de carnal (confiscation des bêtes).

Ce titre déchargeait les habitants des quatre vallées de la garde du château de Tramezaïgues pour la confier exclusivement aux communes qui dépendaient de la Châtellenie : Soulan, Vignec, Saint-Lary, Aragnouet, Sailhan et Cadeilhan-Trachère. La mission de garder et de défendre ladite fortification en temps de guerre s’ajoutait à celle de veiller sur les prisonniers.

Vignec devint alors le chef-lieu judiciaire, pour la justice civile comme pour la justice criminelle.

Le châtelain de Tramezaïgues avait le droit de requérir les habitants de la Châtellenie pour l’arrestation des malfaiteurs ou des prisonniers.

Les consuls de Tramezaïgues en tant qu’agents de police et juges « pouvaient prélever pour leur salaire  d’estimation : près du village, deux pintes de vin ; au quartier d’Artigues et au-delà des deux ponts 4 pintes de vin ; ils avaient droit à huit pintes quand ils allaient au Moudang à 14 kilomètres ».

« Lorsque quelqu’un porte du vin à vendre – toujours d’après l’ordonnance de 1663 – les consuls taxent le prix ; et pour leur salaire, prennent un quartet par charge sans avoir droit à aucun autre émolument ».

D’après la même pièce, les propriétaires de ce lieu étaient tenus de payer « tant au baron qu’aux autres seigneurs qui y prennent fiefs », tant en avoine, tant en poules et tant en argent. Plus un douzième sur toutes les ventes.

Consuls

Comme il serait trop long et peu intéressant de faire la liste de des consuls, je dirai que les comptes communaux étaient tenus avec un ordre, une minutie et une probité remarquables. La moindre vétille y figurait. A la fin de l’année, la gestion du premier consul était contrôlée avec une incroyable sévérité. En 1691, une saisie est faite au sieur Fisse, premier consul,  pour une erreur de 32 sols commise au préjudice de la « communauté ». Hélas ! Que les hommes et les temps ont changé !

Je ne donne pas bien entendu des regrets aux régimes disparus, oh non ! Mais je déplore amèrement que les vénérables ancêtres de Tramezaïgues n’aient pas transmis à leurs descendants les qualités qui en faisaient de si vigilants administrateurs.

Maintenant, racontons à grands traits l’histoire des vexations, des injustices et des spoliations criminelles qu’eurent à subir les gens de Tramezaïgues de Louis XIV à la révolution.

Ils payaient d’abord 6 livres au Roy pour droit de fief ; puis un droit de capitation qui atteignait parfois le chiffre énorme de 66 livres ; venait ensuite la taille qui varie et qui monte d’année en année jusqu’à 284 livres 19 sols4 deniers en 1780. Cette année-là, tous les impôts ensemble s’élevaient à 313 livres 13 sols 6 deniers.

A tout cela s’ajoutaient les taxes arbitraires, les dîmes et, des impositions variables.

En 1690, le syndic général d’Aure impose à Tramezaïgues, pour la subsistance et entretien de la milice, la « faible « somme de 113 livres 4 sols.

Tout cela pour l’époque composait des impôts exorbitants qui mirent plus d’une fois cette commune dans la désolation.

Ainsi en 1707, on saisit les récoltes et les fourrages pour retard dans le paiement des impositions.

En 1726, on vend des bois communaux pour le même motif, la misère des particuliers ne permettant pas de payer les impôts.

Pendant les années 1735 et 1736, les malheureux habitants sont condamnés à un logement à 20 sols par jour et par famille. Ils devaient par conséquent héberger un milicien par famille et maison. Deux ans de suite ! Que de privations, que  de vexations et de larmes cela représente !

Les années 1743, 1748, 1752 et tant d’autres figurent parmi celles où le population se trouvait dans une misère lamentable.

Mais les brigandages du fisc ne suffisaient pas pour compléter ses malheurs : la corvée prenait parfois des proportions énormes. Elle appelait les paysans ici ou là, tantôt à Agos, tantôt à Sarrancolin comme le prouvent les pièces que j’ai sous la main.

En 1753, les habitants de Tramezaïgues demandent à être exonérés du travail que leurs bœufs devaient aller faire au loin.

1771 .- un procès fut intenté à la « communauté »par les Ribat de Vielle-Aure au sujet de la confiscation d’un mouton exécuté à leur préjudice par les consuls de Tramezaïgues aux termes de l’ordonnance de 1663 qui octroyait le droit de « carnal ». Cette faculté consistait en ceci : les consuls qui surprenaient un troupeau de bêtes à laine avaient le droit d’en saisir la dixième partie, au profit des habitants et du ?.

1774 . – Une peste horrible emporte la presque totalité des vaches dans la Vallée d’Aure. Ici on croit se préserver de ces dangereuses atteintes en demandant à l’évêque l’autorisation de faire beaucoup de pèlerinages à la chapelle de Méyabat, dont la madone passait pour être la protectrice des animaux du pays. Son sanctuaire porte d’ailleurs cette inscription rassurante que lisent avec bonheur les croyants de la région « Daïs algo a nuestra senora de Mediabat, cuidara de vos y de vuestos  ganados »

Par malheur, cette belle promesse fut aussi vaine alors que par la suite. Les processions presque quotidiennes n’y firent rien, non plus que les expositions du St Sacrement : le fléau sévit à Tramezaïgues autant qu’ailleurs, emportant beaucoup de personnes en même temps qu’un nombre considérable de bestiaux.

Néanmoins, l’inefficacité des prières et des pénitences qu’on s’imposait ne diminua nullement la confiance que les habitants avaient en la madone.

1775 : on inflige à tous les propriétaires un logement de miliciens à 40 sols par jour de retard de paiement dans les impositions.

1780 : la corvée était fixée 604 toises courantes de chemins et de fossés d’abord ; il fallait ensuite ramasser 42 tas de gravier de 4 tombereaux chacun ; plus 14 toises 3 pieds cubes de gravier à répandre.

Cette année-là, les pauvres gens ne purent exécuter, à jour fixe, le travail prescrit, en raison d’un insupportable mauvais temps. Mal leur en prit : ils furent condamnés à loger un employé par famille à 30 sols par jour, jusqu’à complète réparation des chemins.

Cette punition se reproduit en 1781 pour les réfractaires de la corvée. On le réitère de nouveau dans le courant de l’année sans dire pour quel motif.

Dîme

Je trouve une pièce qui met en relief l’incroyable rapacité des prêtres de l’ancien régime. C’est un état sans date apparente des récoltes pour l’évaluation de la dîme…. D’après cette pièce, le curé prélevait à Tramezaïgues 6 « muys » sur 21 muys, soit 9 hectolitres sur 31 environ.

Ce document prouve encore que la même année à Cadeilhan-Trachère, la dîme ecclésiastique s’éleva à 10 muys sur 46. On voit clairement à quel point le peuple était rançonné par les misérables qui exploitaient si inhumainement à leur profit les malheureux montagnards que la légende de Nazareth et de Bethléem avait trouvés trop naïfs et trop crédules.

La Révolution

La population de Tramezaïgues dut saluer avec enthousiasme l’arrivée de la Révolution. Trois choses semblent le prouver. D’abord elle demandé un prêtre constitutionnel et l’obtint. Ce fut un nommé Peyriga (Veyriga ?) qui vint diriger la paroisse de Tramezaïgues. La tradition conserve le souvenir de sa scrupuleuse probité, de son amour de la liberté en même temps que de son affabilité et de son énergie. On me montre un champ qu’il défricha seul, donnant ainsi à la fois l’exemple du travail et de la vertu.

En second lieu, plusieurs écrits témoignent de l’attachement qu’on eut ici pour le nouvel ordre de choses. Et enfin le soin qu’on prenait de l’arbre de la liberté, l’accent passionné qu’on mettait dans le « Ça ira » prouvent que la population était alors républicaine.

Au moment où Carnot organisait la défense nationale, on envoya des soldats à Tramezaïgues. On mit ici une diligence extrême à leur trouver des logements et à leur fournir tout ce dont ils avaient besoin. L’état des dépenses qu’on fit alors existe encore. Cette même année, le Moudang fut occupé par des soldats français pour prévenir toute incursion de l’ennemi. On voit encore aujourd’hui les restes d’un rempart et des cabanes qui abritaient les défenseurs du pays. Une partie des troupiers furent logés dans les granges du Moudang, où ils causèrent des dégâts pour une somme que les commissaires experts évaluèrent 1600 F.

Comme une vaste sapinière existait entre les granges et la frontière, on craignit que l’ennemi ne vînt s’y cacher pour surprendre nos soldats. Le commandant de poste fit mettre le feu dans cette magnifique forêt qui serait aujourd’hui un trésor pour cette pauvre commune.

Un fait de la plus haute gravité se rapporte aussi à cette époque et mérite d’être signalé.

Un Espagnol marié à une fille de Tramezaïgues dut passer la frontière au moment de la guerre. En bon époux qu’il était, il s’exposait à mille morts, trompait de temps en temps la vigilance des sentinelles et venait voir sa chère moitié. Ce fait fut dénoncé. Le village, pour avoir abrité en temps de guerre un ennemi de la France  fut condamné à disparaître… Cependant, les représentants du peuple firent rapporter cette terrible sentence.

A l’époque de la Terreur ce pays dut être fatal aux émigrants. On voit encore, à 800 m du village, dans les interstices d’un grand amas de rochers – que traversait alors le chemin – des ossement humains qui témoignent par leur grand nombre ou de l’ardeur révolutionnaire ou de la cupidité féroce des indigènes du pays.

On a également trouvé à côté du presbytère des restes de cadavres avec des lambeaux d’habits sacerdotaux. Il semble exister encore d’autres tombes pareilles que je n’ai eu le temps de faire fouiller.

Sur un autre point du village, une fouille a fait découvrir les ossements d’un homme et d’un cheval. Le squelette humain se trouvait la face en bas, les poignets croisés sur le dos, comme s’ils avaient été attachés. Une forte couche de chaux se trouvait étendue sur les ossements, à fleur de terre comme pour empêcher les chiens et les chats de faire découvrir ce que je suppose être un assassinat.

Légendes

Il y avait une fois dans la paroisse de Tramezaïgues un homme qui possédait plusieurs bœufs. Un de ces ruminants se détachait, ouvrait la porte de l’étable sans faire le moindre bruit, disparaissait miraculeusement et rentrait de la même manière. Et cela toutes les nuits !

Cependant, il arriva que l’animal passa plusieurs jours sans revenir chez son maître. Celui-ci le fit chercher dans tout le pays. Au bout de quelques jours, on le trouva au milieu d’une ronçaie, léchant les genoux et les mains d’une madone dont l’apparition fut ainsi connue dans la Vallée d’Aure.

Les habitants d’Aragnouet et de Tramezaïgues unissent leurs sacrifices, leurs apports et leur zèle pour ériger une chapelle commémorative.

Quand tout est prêt, on court arracher l’apparition de son dangereux gîte ; on la porte dans le sanctuaire préparé pour elle. Mais, zut ! Elle retourne au milieu des ronces ; on la reporte dans la chapelle, elle repart aussitôt ; on va la chercher encore, elle s’enfuit plus vite !

Il fallut accéder à un désir si clairement indiqué et construire, sur nouveaux frais, un autre bâtiment sur l’endroit si miraculeusement choisi.

Depuis lors, la madone de Meyabat est l’objet d’un culte assidu et passe, dans l’esprit des croyants, pour la protectrice zélée de tous les animaux du  pays.

Langues et chants

En dehors de la langue française, rarement employée dans la conversation, on ne connaît ici que le patois de la Vallée d’Aure. Tout de même la majeure partie des habitants parlent ou comprennent l’espagnol. Mais ils ne l’emploient que dans leurs relations avec les sujets transpyrénéens.

Les chants respirent aujourd’hui la morale et le patriotisme. Les morceaux classiques remplacent la chanson bachique, la gaudriole et le refrain grivois ou obscène qui étaient autrefois  en honneur par ici.

Mœurs

Les habitants de Tramezaïgues sont excessivement attachés au pays natal. Ils ne peuvent s’en éloigner même pour combattre la misère. Ils sont vifs et colériques. Leur mauvaise humeur se trahit par des mouvements d’impatience, des jurons, des imprécations et des menaces. Les voies de fait, trop communes autrefois, sont très rares aujourd’hui.    Cependant, on devine sans peine un fond de brutalité chez des gens qui passent bien vite de la paisibilité au paroxysme de la colère.

Ils sont défiants plutôt que haineux. Légers et versatiles, ils ont rarement des impressions durables ou des sentiments profonds.

La continence est une vertu héréditaire ici. Mais en retour, le sens moral a besoin de se raviver avec le sentiment de la dignité personnelle.

Le tiers environ des citoyens ont un penchant très accentué pour la boisson. Pour satisfaire leur ignoble inclination, ces buveurs ravagent impunément les bois communaux, ruinent les forêts, non soumises au régime forestier, laissant leurs familles dans le besoin  et rendant inévitable pour les enfants de l’avenir une épouvantable misère et l’émigration.

On devine facilement que de tels malheureux ne sont pas en politique des citoyens modèles. Leur instinct de gloutonnerie en a fait des âmes viles et basses, vénales à tout venant et que le dernier coquin peut acheter d’un verre de vin. De là vient pour certains individus mal famés la possibilité d’avoir des partisans en dépit de l’honneur, de dominer, parfois d’exploiter la commune et de laisser croire dans la Vallée d’Aure qu’il n’y a plus d’honnêtes gens à Tramezaïgues quand il arrive d’y voir primer les mauvais éléments.

Il est juste de dire qu’en dehors des voleurs de bois, il n’y a pas des malfaiteurs ni des criminels

Cultes

Le culte catholique est le seul pratiqué ici, encore ne l’est-il pas avec trop d’enthousiasme. La religion n’y est plus qu’un faux semblant, une affaire d’habitude, d’hypocrisie, de respect humain. Rien de sentimental, rien d’élevé. On va à l’église sans croire et sans prier. La foi et la morale n’ont que faire dans ces pratiques machinales où l’esprit et le coeur n’ont aucune part. Indifférence et répulsion, voilà ce qu’inspire aujourd’hui un culte qu’on suivait ici jadis avec tant d’ardeur, de foi et de zèle fiévreux

Vêtements

Les habits sont simples, modestes, grossiers parfois. Un veston, un pantalon, un gilet, un béret et des sabots les jours ouvriers et le dimanche pour les hommes un chapeau et des souliers. Voilà pour le menu et la forme de l’accoutrement masculin. En hiver, ces habits sont de bure noire. Les jours de fête, surtout l’été, on les remplace par d’autres moins grossiers.

Les jours ouvriers, les femmes portent généralement une robe, un tablier large, un caraco ; plus souvent encore, elles mettent en guise de fichu, un grand mouchoir qu’elles passent sur la nuque  pour le nouer à la ceinture après l’avoir croisé sur la poitrine.

Pendant les saisons froides, les robes sont invariablement en bure gris foncé avec des raies châtain-clair.

Sur la tête elles mettent un double mouchoir. L’un plié en triangle se place sur le front, va se croiser sur la nuque pour se nouer sur la tête après avoir pris pour le retenir en avant le troisième coin du mouchoir qui d’abord était resté pendant en arrière. Cette coiffure que nos jeunes paysannes savent bien arranger ne manque pas de grâce.

Alimentation

La nourriture est tout à fait frugale et d’autant plus que la plupart des revenus s’emploient à  satisfaire la penchant accentué que les hommes ont pour le tabac et l’alcool.

Dans les ménages aisés, on tue un cochon, rarement deux. Souvent aussi, une ou plusieurs brebis qu’on sale avant l’hiver. On ne va à la boucherie qu’à l’occasion de la fête locale, et encore ! Les familles pauvres ne Peuvent même pas tuer un petit cochon. Dès lors, jamais de viande, seulement des légumes, de la pâte et du lait, un maigre bouillon. La pomme de terre et le pain forment la base de l’alimentation. Malgré tant de misère, les gens sont ici  forts et de haute taille  en général, grâce peut-être à la pureté de l’air et à la salubrité des eaux.

Monuments

Tramezaïgues eut autrefois une importance stratégique. On aperçoit encore aujourd’hui en bon état de conservation, les ruines d’un château fort bâti sur un monticule à peu près inaccessible. Il défendait la frontière et fermait à l’ennemi les débouchés d’Aragnouet et du Rioumajou

Peu de forteresses antiques ont un aspect plus imposant. Ses dimensions énormes, les abords de ses assises, l’élévation et la massivité des murailles, tout dit à première vue qu’elle était inexpugnable.

Les agresseurs les plus hardis devaient nécessairement trembler et fuir en examinant ce fort. Il a 27 m de longueur sur 16 de largeur. Les murs hauts de 7 à 8 m ont plus d’un mètre et demi d’épaisseur en certains endroits. Au sud-est s’élève une tour carrée, une terrible prison où venaient s’entasser les prisonniers des quatre vallées d’abord, ensuite ceux de la vallée d’Aure seulement.

Outre cette prison, il existait encore des « cachots formidables », s’il faut en croire la tradition et un ouvrage qui en fait aussi mention : un mémoire de 300 procès en instance des habitants d’Aure contre M. Roucand (Roucaud ?)

Les annales de Tramezaïgues ne disent rien sur l’origine de ces fortifications. Sénac Moncart (?) en fait remonter la fondation à l’époque où les Wisigoths, refoulés en Espagne, menaçaient l’indépendance des populations pyrénéennes. Les quatre vallées (Neste, Aure, Barousse et Magnoac) s’unirent alors dans un effort commun, s’imposèrent les plus durs sacrifices, et bâtirent une multitude de châteaux forts en des points où les dispositions du terrain rendaient la défense et la résistance plus faciles.

Nous avons dit plus haut quelles obligations étaient imposées aux habitants de la Châtellenie de Tramezaïgues relativement à ce château.

Archives communales

Les archives communales comprennent un  grand nombre de titres en (?) parchemin sur les propriétés communes : les registres de l’état-civil depuis 1660 ; les budgets depuis cette époque ; les états relatifs à la répartition des impositions ; les comptes de la fabrique ; les ordonnances royales depuis louis XIV; les dénombrements des bestiaux et de la population à diverses époques ; des notes sur les travaux, les corvées, les dîmes, les procès, les habitudes locales, les bulletins des lois. Malheureusement, il existe un désordre incroyable dans tout cela.

Je n’ai pu découvrir aucun ouvrage sur la commune.

L’enseignement  (Annexe au titre IV)

L’historique

L’historique de l’enseignement est difficile à établir faute de documents. Il appert, tout de même des registres de l’état-civil qu’à partir de 1660, les vicaires ou curés de la commune prenaient aussi le titre de « régents ». Leurs efforts pour répandre l’instruction durent se réduire à peu de chose ; car pendant de longues années deux ou trois consuls seulement étaient capables de signer les comptes communaux. Ce n’est que pendant le dix-huitième siècle que les progrès furent plus sensibles. A partir de ce moment tous les consuls savaient écrire et signer. Ils arrivaient à tour de rôle à la première magistrature municipale. Mais on voit que la langue maternelle et le calcul étaient fort négligés, je ne parle pas du reste, attendu que leur titre de régents n’ajoutait, rien au traitement des prêtres.

Pendant la période révolutionnaire, rien ne prouve que le gigantesque effort tenté alors pour la diffusion de l’instruction se soit fait sentir ici. L’enseignement paraît être resté ce qu’il était dans la commune. Pendant le règne de Napoléon 1er, l’instruction devait être absolument négligée dans ce village. Cela paraît dans les papiers communaux qui suivirent cette époque. On fut obligé d’aller chercher un secrétaire de mairie dans des communes étrangères.

Cela continue pendant le règne de Louis XVIII et Charles X. Tramezaïgues n’avait alors ni prêtre, ni régent.

Enfin apparaît la loi Guizot en 1833 !

Elle reçut ici une application immédiate. Un instituteur laïc, un nommé Ferras de Vielle-Aure, vint diriger l’école ici, moyennant un traitement de 200 F plus une modique allocation supplémentaire. La salle de classe, pour l’époque n’était pas trop mal choisie : c’était une des plus jolies du village.

A M. Ferras succéda un nommé Boé Mounicot de Vielle-Aure puis un nommé Sans de Tramezaïgues, qui fut remplacé par M. Bonneau de Vielle.

A celui-ci succéda un nommé Ferras d’Ancizan qui fut suivi de M. Caumont. Vint ensuite M. Sangra (?) de Sarrancolin que remplaça M. Aspe de Tramezaïgues. A son tour celui-ci fut remplacé par un bon vieillard que je respecte et que j’aime : M. Gerdebat fut envoyé en 1848. Après le coup d’Etat du deux-décembre, on voulut le briser à cause de ses idées républicaines.

Les lois de 1850 donnèrent la direction de l’école de Tramezaïgues à des prêtres. Voici leurs noms : l’abbé Vic jusqu’en 1862 ; l’abbé Estrade jusqu’en 1872 ; et enfin l’abbé Bormis que j’ai remplacé le 1er décembre 1879.

D’après les renseignements recueillis l’écriture, la lecture, un peu de calcul, le catéchisme et l’histoire sainte faisaient la base de l’enseignement à Tramezaîgues. Dès que les enfants savaient lire, on leur apprenait l’écriture mais seulement aux filles. Pour la lecture courante, chaque enfant portait tel ou tel livre plus ou moins classique trouvé dans la famille. Autant d’élèves, autant de livres différents.

Cependant les vieillards d’aujourd’hui qui allaient alors à l’école me disent que lorsqu’ils lisaient passablement, on leur faisait prendre la Bible, puis le « Télémaque », et, comme couronnement de l’œuvre littéraire, « la Jérusalem délivrée ».

Maison d’école

La maison d’école de Tramezaïgues est toute neuve et répond pleinement aux besoins actuels sauf en ce qui concerne les préaux couverts : elle en est dépourvue.

Fréquentation

La fréquentation ne laisse rien à désirer pendant l’hiver. Au printemps, en été et en automne, les absences sont très fréquentes. On occupe les enfants soit à garder les bestiaux, soit à travailler aux champs, soit encore à surveiller leurs petits frères.

L’instruction augmente d’une manière sensible. La différence est énorme, surtout entre les filles d’aujourd’hui et les femmes. Celles-ci ne savent seulement pas lire pour la plupart, mais elles sont heureuses de voir les progrès de leurs enfants, progrès qui se multiplieraient avec une fréquentation plus régulière.

Chez les hommes aussi il y a bien peu d’instruction. Plusieurs signent à peine et sont incapables du moindre calcul. Il n’en est pas de même chez les enfants.

Pas de conscrits illettrés ; en 1886 et 1887, pas de conjoints qui n’aient su signer leurs noms.

Bibliothèque

L’école de Tramezaïgues est dotée d’une bibliothèque scolaire qui tire son origine d’une concession d’ouvrages faite par le Ministère en 1883. Elle comprend 46 volumes et les prêts en moyenne s’élèvent à 100 par année.

La Caisse des écoles n’existe pas ici. J’avais obtenu du conseil municipal le vote d’une somme de 100 F pour cette utile création ; mais cette allocation a été retirée parce que l’État n’a rien fait pour coopérer à cette institution. La Caisse d’épargne scolaire n’a pu être fondée en raison de l’extrême pauvreté des familles.

Traitement

Mon traitement s’élève à 1000 F. la commune ne fournit sur cette somme que les 4 centimes additionnels, soit 14 F 75.

La commune a  fait les deniers sacrifices pour la maison d’école. Elle s’efforce actuellement de doter la salle de classe d’un matériel convenable. Mais la pénurie des ressources ne lui permet pas de faire grand’chose sans le secours de l’État.

J’espère qu’il ne lui fera pas défaut grâce aux sacrifices excessifs que cette population a faits pour la cause de l’instruction publique.

L’instituteur de Tramezaïgues

Abel Carrère

Source : Archives Départementale des H. Pyrénées


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