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Peintures de l’église St Etienne de Gouaux.

Vallée d’Aure XVIe siècle

Par

François MARSAN

Curé de Saint Lary

Officier d’Académie

Extrait de la revue des Hautes Pyrénées, t.III

TARBES

IMPRIMERIE CLEMENT LARRIEU

41 rue des Grands-Fossés

1908

A deux cents mètres environ du petit village de Gouaux (canton d’Arreau), au croisement des chemins de Bazus-Aure et de Grailhen, et dans l’enceinte d’un cimetière, se dresse une vieille église romane aujourd’hui abandonnée.

Placée sous le vocable du diacre Saint Etienne, protomartyr, cette église remonte en partie au XIIème siècle.

Elle n’offre qu’une nef unique, parfaitement orientée.

Son abside, en cul-de-four, est ajourée d’une étroite meurtrière à retrait.

La muraille latérale de la nef, qui est au nord, ne présente aucune ouverture; quand à celle qui est au sud,  elle est éclairée par deux étroites meurtrières.

Le pignon,  à l’ouest,  percé aussi d’une meurtrière, est surmonté d’un clocher-arcade à deux baies, veuves de leurs cloches.

On accède à cette église par une porte située au sud; elle est cintrée et à retrait sans colonnettes d’angle. Son tympan est orné du Chrisme, accompagné de l’Alpha et l’Oméga.

Il existe, à droite de la porte, une niche pratiquée dans la muraille, où se voit une statue de Notre-Dame de Pitié, qui tombe de vétusté.

Le sanctuaire et la nef, jadis couronnés d’une voute lambrissée à panneaux peints en grisaille, sont aujourd’hui recouverts d’un vulgaire plafond en planches. Un plancher aux ais disjoints, recouvre le sol.

L’autel, orné d’un retable en bois peint et sculpté, montre, dans une niche centrale, une statue du titulaire.. Quelques panneaux de retable présentent des peintures, entre autres, la Lapidation de Saint Etienne.

A doite et à gauche de l’autel, on remarque une petite niche cintrée, destinée à renfermer les vases sacrés et auires petits objets du culte.

Celle du coté de l’évangile a reçu à sa base une dalle en marbre, qui renferme une inscription romaine; ses caractères sont malheureusement trop engagés dans la maçonnerie pour  être déchiffrés.

La muraille latérale du nord porte, à l’intérieur un retrait dans presque toute sa longueur; elle est postérieure au rest de l’édifice.

Comme l’église de Mont, la vieille église de Gouaux est ornée de fresques historiées retraçant des scènes de la passion de notre Seigneur, des figures de prophètes et des allégories.

Elles en diffèrent toutefois par une certaine raideur dans le modelé et des tons de couleurs criardes, où domine l’ocre rouge.

On serait tenté de les attribuer à l’artiste qui a exécuté celle de l’église de Notre Dame de Bourisp.

Deux inscriptions que l’on remarque dans cette dernière église, l’une à demi cachée par l’abat-voix de la chaire et l’autre, très apparente, ont amené Cenac-Moncaut et le Baron d’Agos à attribuer ces peintures à des artistes locaux.

LA. 1591. FVT. FETA. LA. P

PINTVRA. ERA. OBRIES

GM. CARRERA. E. D. CURIA


L’a[n] 1591 fut feta la p[resenta]

pintura era[n] obries G[uilhe]m

CARRERA é D[ominique] CURIA

LA. 1592. FVT. ACABADA. LA. P

PINTVRA. ERA. OBRIES. IAN

BERMEIL E. IAN. BOE.

L’a[n] 1592 fut acabada la p[resenta]

pintura era[n] obries Ian

Bermeil è Ian Boe.

L’un et l’autre se sont trompés sur la signification du mot obries qui est, ici, employé pour désigner des marguilliers ou des luminiers.

En effet, dans des comptes de fabrique de ladite église, remontant à l’année 1513, on relève cette mention:

«  Item abem fornit io Perrincho (?) e Guilhem CARRERA, obres de Nostra-Dama, VI sols, à Guilhem d’Arnaudic, cosso de l’an passat é à Domengea deu Pont, cosso de l’an présent, ques l’an M° Ve èXIII é lo IIe jour de fevré. »

Il est encore dit dans d’autres comptes de l’année 1612:

«  Premierament abem recebul de MARTY  é lou Sabaté, oubres de l’anada passada, per coundé de ladite oubrarie VIII l. VII s. VI d. : Mathieu Curie et Jean Carrère, luminiers. »

Les initiales du peintre, séparées par une croix de Malte, se voient contre la clef de voute la plus rapprochée de l’arceau de la tribune: E. ¤ P.

A l’église de Gouaux les parois intérieures de la muraille du sud, coté de l’Epitre,, sont celles qui ont reçu le plus grand nombre de sujets.

En partant du sanctuaire, le premier sujet que l’on rencontre est le Crucifiement de Notre -Seigneur. Le Sauveur est attaché sur une croix,  à deli-penchée, que soutiennent deux bourreaux, pendant qu’un troisième enfonce à coups de marteau un clou dans ses pieds.

Deux des bourreaux sont en haut-de-chausse seulement, le col de la  chemise ouvert et les manches retroussées.

Parmi les spectateurs, on remarque un personnage revêtu d’une ample tunique et d’une sorte de turban.

Au-dessus de la première meurtrière est représenté le Calvaire , où se dressent trois croix: la croix du milieu qui a poté le Christ, est ornée seulement du titre : I.N.R.I. Les deux autres portent le bon et le mauvais larron.

Sur les embrasures de la meurtrière, coté gauche, figure un personnage assis, la main levée dans l’attitude de la parole: c’est le prophète Balaam, désigné par un cartouche: VALAM. P.

Au coté droit un second personnage représenté dans la même attitude: c’est le prophète Joël, également désigné par un cartouche: IOEL. P.

Non loin de la meurtrière, se montre un troisième personnage debout; il fait un geste de la main gauche tandis qu’il relève de la droite un pan de sa tunique. C’est le prophète Ezéchiel, accompagné d’un cartoucha en tout semblable aux deux précédents: EZECHIEL. P.

Sous la meurtrière, l’artiste, inspiré sans doute par le voisinage du cimetière, évoque la pensée de la mort par l’allégorie suivante:

La mort, sous la forme d’un hideux squelette, saisit d’une main crispée un pauvre hère, vétu d’un haut-de-chausse, d’un pourpoint et coiffé d’un chaperon à la Henri II, tandis que d’un pied, elle cherche à le jeter à terre. A ses cotés une faux et une b^che gisent à terre. Cette scène est accompagnée de l’inscription suivante:

EN. GRAN. PENE. AY. VICV. LONGAMENT

E. PACE. MA. POWRE. VIE
IE. VOYE. CERTAENAMANT
ET. LA. MORT. QVE. ME. CONVIE.

Au dessus de la porte d’entrée se déroule la Descente de Croix, indiquée par cette inscription:

COME. IHS. FVT. DCEDV. DE. LA. CROYS.

Le corps du sauveur, après avoir été détaché de la croix par Joseph d’Arimathie, est présenté par deux anges à sa divine Mère, qui le contemple avec les marques de la plus poignante douleur. A ses cotés se tient le Disciple bien-aimé . Un homme porte sur ses épaules l’échelle qui a servi à la descente. On remarque aussi dans ce tableau la pieuse Véronique tenant le voile précieux qui a reçu l’empreinte des traits du Sauveur. Elle est revêtue d’une robe rouge et d’un justaucorps à manches bouffantes. Sa chevelure est retenue par une résille. Enfin, au fond du tableau, se profile une porte de Jérusalem flanquée de tours aux flèches couronnées d’épis.

Aux embrasures de la seconde meurtrière se voient aussi des peintures:

Sur le coté gauche sont représentés deux personnages, affublés en costumes d’arlequin, qui font mine de psalmodier. Ils ont sous les yeux, un carton noté de plain-chant, sur lequel se distinguent ces mots:

REQUIEM. AETERNAM.

Dans cette scène perce l’esprit ironique de la Renaissance.

Sur le coté droit figure un personnage revêtu d’un froc noir et portant sur sa tête la grande tonsure monacale; on reconnait facilement Saint Antoine.

les parois de la muraille nord, coté de l’Évangile, n’ont pas reçu une décoration aussi considérable que celle dont il vient d’être parlé. On y relève cependant la Mort de Jésus-Christ sur la Croix.

Le sauveur est représenté, sur l’infâme gibet, entre les deux larrons, au moment où la lance du soldat Longin vient de percer son coté sacré. Trois anges, aux tuniques parsemées de fleurs, recueillent dans des calices le précieux sang qui jaillit de ses mains, de ses pieds et de son coté ouvert. Un crane gît à terre au pied de la Croix, celle-ci est calée.

A gauche, se tiennent debout la sainte Vierge, enveloppée dans un manteau bleu, saint Jean, Marie-Madeleine et Marie Cléophas; et, à droite une foule de cavaliers, qui font des gestes de moquerie et profèrent des blasphèmes.

Au dessous de cette scène se voit étendu par terre, un homme qui tient d’une main un bâton de voyageur. C’est probablement le même personnage , rencontré plus haut, aux prises avec la mort et, ici, terrassé par elle. A ses cotés se trouve cette inscription:

RESPICE. FINEM.

Non loin de cette peinture, à droite, on remarque une autre inscription à demi-effacée par une couche de badigeon.

Des panneaux peints en grisaille,  qui décoraient la voute, un seul a échappé à la destruction. Il représente la Mise au tombeau. Le soin avec lequel l’artiste a traité cette scène fait regretter la disparition des autres panneaux.

Joseph d’Arimathie et Nicomède, prenant le corps de Jésus par les deux extrémités du linceul, le dépose dans un sépulcre. Un groupe de personnes, composé de la sainte Viège et des saintes femmes, entoure le tombeau. Deux soldats veillent apostés à ses extrémités: l’un est armé d’une épée et l’autre d’une hallebarde.

telles sont brièvement décrites, les peintures de la vieille église Saint Étienne de Gouaux. Par ces quelques lignes, qui leur sont consacrées, le lecteur jugera de l’intérêt qu’elles présentent pour l’histoire de l’art de notre région. On sait qu’elles viennent d’être récemment classées, par arrêtés des 15 décembre 1904 et 23 mars 1905 (1).

La commune de Gouaux, qui dispose de ressources assez considérables, de devrait à elle-même d’assurer la conservation de cet édifice vénérable à plus d’un titre.

(1) Revue des Hautes-Pyrénées, t.II, 1907, pp. 44 et 45.


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