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Construction du Barrage de Cap de Long [12].

Construction du Barrage de Cap de Long.

Par Joseph BRUNET

Accident «Transport par Dumptor » et anecdote.

La distance qui séparait la carrière de la station de concassage primaire était de l’ordre de 800 à 1200 mètres environ, suivant les diverses plateformes. Le transport de la roche était assuré par des Dumptors  et des camions Diamond.

La route constamment entretenue permettait au Dumptors de rouler assez vite malgré leur suspension par ressorts à lames. Ces conducteurs étaient équipés de ceinture de maintient en cuir.

Lors d’un transport de nuit, un de ces engins chargé quitta la route et se renversa entraînant dans la mort le malheureux conducteur. Le chantier fut arrêté et le corps de ce chauffeur, après le constat des personnalités qui s’étaient rendues sur le lieu, fut transporté à l’infirmerie du chantier.

Le lendemain matin, il fut descendu à l’infirmerie du parc à St Lary. Vers 9 heures le téléphone retentit au bureau du magasin. Le chef magasinier Mr Honoré Gabriel me tendit le combiné et me dit, c’est pour vous Mr LAURENS.

Jeune Brunet. J’ai besoin de vous à mon bureau à St Lary et ce avant midi sans faute. Si vous n’avez pas la possibilité de descendre avec un Diamond assurant le transport de ciment, demandez de ma part à Mr Bielsa  François chef des Transports, de mettre à vôtre disposition une Jeep avec chauffeur. Je me permis de lui poser la question suivante ; est-ce familial ou professionnel ? Rassurez vous, c’est professionnel.

Vers 11 heures j’étais introduit au bureau de Mr Laurens. Vous savez qu’hier un conducteur d’engin est décédé suite à un accident. Cet après midi, j’ai une réunion importante avec E.D.F à laquelle je dois assister impérativement. De ce fait, je ne peux pas me rendre auprès de la famille de ce défunt dans le Gers pour la prévenir. J’ai pensé que vous êtes à même d’accomplir cette mission. Ce sera pénible pour vous. Puis-je vous la confier ? Je répondis par l’affirmative. Je sais que vous  trouverez les mots pour leur annoncer avec le maximum de précaution et de respect. J’avais 20 ans.

Voici l’adresse du domicile. Le malheureux était père de deux fillettes de 10 et 12 ans. Je vous fais transporter par mon chauffeur Mr Salvador à Bazus. Puis à 13h 30 départ de chez vous. Dites à la famille, que demain matin je descendrai, car cet après midi je ne peux pas me libérer. Présentez-leur mes excuses, et dites leur que l’Entreprise s’occupera de tout.

Dès vôtre retour au bureau cet après midi, attendez mon arrivée pour m’informer de l’accomplissement de vôtre mission.

A 13h30 départ de Bazus. C’était l’été et il faisait très chaud. Tout au long du trajet le chauffeur me dit< tu n’es pas bavard >. Je lui répondis de me laisser réfléchir aux mots que je devrai prononcer en cette circonstance. Une heure après environ, le chauffeur gara la traction avant Citroën 15cv à l’ombre de l’Eglise. Je descendis de voiture et avant que je prononce un seul mot, Mr Salvador me dit, vas-y seul car je ne veux et ne peux pas t’accompagner, je n’en ai pas le courage.

C’était un petit village, mais en périphérie éloignée, de nombreuses fermes. J’avais ôté ma veste mais pas la cravate, il faisait très chaud, bien plus qu’en Vallée d’Aure. Je descendis la rue principale déserte à cette heure là. Quelques dizaines de mètres après à gauche, un magasin de fruits et légumes. Je remis ma veste et je suis entré.

A l’intérieur personne. Après 3 ou 4 appels très accentués, une voix de femme me répondit, un instant j’arrive ne soyez pas pressé. Une dame d’une quarantaine d’années vint. Bonjour Madame et veuillez m’excuser, car je ne suis pas venu pour faire des achats mais pour vous demander un renseignement. Je vous écoute jeune homme. Pouvez vous me renseigner où se situe la maison de Madame « Je ne me souviens plus du nom de famille ». Cette pauvre femme me dévisagea quelques secondes, sans me renseigner, et tout à coup elle s’élança vers moi, m’enlaça fortement et me dit, mon frère. Je fus obligé de la soutenir car elle venait de s’évanouir dans mes bras.

Je l’a transportais ainsi jusqu’à la pièce voisine, c’était la cuisine. A l’aide d’une main, je saisis une chaise près de l’évier sur laquelle je réussis à l’asseoir. Toujours d’une main, je pris un torchon que j’ai mouillé sous le robinet, et délicatement j’ai rafraîchit son visage.

Après plusieurs applications d’eau froide, elle reprit connaissance et me dit en sanglotant : ce n’est pas par hasard que vous êtes venu avec ce beau costume et en cravate.

Elle me demanda, dites moi la vérité, mon frère est mort. Je lui répondis qu’il avait eu un accident avec son engin. Elle se leva et je fus dans l’obligation de la soutenir à nouveau et de l’asseoir. Racontez-moi tout je vous en supplie. Après avoir relaté brièvement cet accident elle me demanda. Est-ce qu’il a souffert ? Non Madame pas du tout. Elle me dit ; avant cette maudite seconde guerre mondiale, il avait un autobus que son père lui avait légué, et il assurait matin et soir à partir de plusieurs villages avoisinants la ligne de transport en commun jusqu’à Auch.

Pendant l’occupation allemande l’autobus fut réquisitionné et lorsqu’il rentra de captivité 5 ans après, il s’embaucha pour la construction de ce barrage où il était content, car il voulait racheter un nouveau car dès la fin de ce chantier. Elle me demanda un verre d’eau, et me fixant longuement s’écria fortement : à présent il va falloir annoncer ça à ma belle sœur et mes deux nièces. Vous allez m’accompagner ? Oui quand vous voudrez Madame. Elle se leva et fondit en pleurs pendant plusieurs minutes. Alors que je la soutenais, elle me dit, je ne peux pas y aller je ne parviens pas à marcher. Après plusieurs mots échangés, je l’ai aidée à se lever et l’ai approchée de l’évier.

Elle rafraîchit son visage à plusieurs reprises puis, sans s’éponger, elle ferma la porte du magasin. Sa famille n’habitait qu’à une trentaine de mètres. Après quelques pas à la rue elle me demanda, donnez moi le bras je vous prie, mes jambes ont du mal à me soutenir.

Arrivés devant la porte d’entrée de plain-pied, je pris mon courage à deux mains, et je dis à cette pauvre dame.: « Madame, je me permets de vous demander de faire un très gros effort ne pleurez pas à présent, car nous allons entrer ». Elle me prit une main et me dit, je ne peux pas. Nous attendîmes un instant et ses pleurs redoublaient en silence. Puis la porte étant ouverte, nous sommes entrés au couloir.

Parvenus au séjour, cette pauvre dame « sa belle-sœur » se retourna vers nous, et après une première hésitation elle s’élança aussitôt et enlaça sa belle-sœur. Quelle seconde épreuve, elle fondit en larmes et s’évanouit aussitôt. Nous l’avons allongée sur le divan : Monsieur, je vais au magasin téléphoner à son médecin. Je vais m’occuper de vôtre belle-sœur.

Je pris un gant de toilette très humecté d’eau froide et assis près d’elle, j’ai rafraîchit  son visage. Sa belle-sœur arriva et me remplaça. Le médecin vint quelques instants après et je sortis à la rue en m’éloignant de la porte d’entrée. Après le départ du docteur, la belle-sœur vint à ma rencontre et je lui confiais ce que m’avait dit Mr Laurens.

A cet instant les deux fillettes en courant se dirigèrent vers nous, sur leur beau visage se devinait la joie de vivre. La dame me demanda de la soutenir et éclata en sanglots. L’aînée demanda pourquoi pleures-tu tante? Elle les embrassa et leur dit d’entrer avec elle.

Leur Mère était allongée sur le divan et en pleurs ne cessait de répéter le prénom de son mari. Les deux fillettes s’agenouillèrent près de leur maman et ne cessaient de lui demander, qu’est-ce qu’il y à maman ? Leur Mère ne leur répondait pas et les enlaçait, puis l’aînée posa à sa Tante la même question. Elle prononça quelques faibles bribes incompréhensibles.

Cette fillette vint alors vers moi et me demanda que se passe t’il monsieur? Je lui répondis on va s’asseoir. Dès que je fus assis, en pleurs à son tour elle s’assit sur mes genoux et me dit mon Papa qui à t’il ? Lentement, je lui dis ton Papa a eu un accident. Il n’est pas mort ?  De son petit poing fermé elle frappait contre ma poitrine en me demandant ce n’est pas vrai il n’est pas mort ? Je lui répondis, tu es déjà une grande fille, tu dois consoler ta maman et ta sœur. Elle se leva prit la main de sa sœur et je leur dit, venez embrasser encore vôtre maman.

La Tante des fillettes après m’avoir remercié de mon soutien envers elle et ainsi qu’à sa belle sœur, me dit vous devez rentrer maintenant. Elle aida la mère des fillettes à se lever, et cette dernière m’embrassa mais sans pouvoir prononcer un seul mot. Je lui dis, Madame je suis de cœur avec vous. Après leur avoir présenté mes condoléances, j’ai embrassé les deux fillettes, puis je suis sorti avec la Tante de ces dernières.

Elle m’accompagna quelques instants. Je lui dis à nouveau que le Directeur viendrait le lendemain, et que l’Entreprise s’occuperait de tout. Cette Dame me remercia à nouveau et me dit : je me permets de vous embrasser pour tout le soutient que vous nous avez dispensé et me demanda, vous connaissiez mon frère ? Oui Madame, c’était un brave homme et tout le personnel très affecté de son départ, m’a chargé de vous présenter ainsi qu’à toute la famille leurs condoléances très attristées.
Avant mon arrivée devant la voiture, j’ai épongé à l’aide du mouchoir mon visage, où se mêlaient les gouttes de la transpiration et je dois l’avouer, les premières larmes aussi que j’avais jusque là réussi à contenir durant cette très pénible épreuve. J’ôtais ma cravate tellement j’avais chaud.

Arrivés au bureau, j’attendis Mr LAURENS. Dès sa venue, il me reçut aussitôt. Jeune Brunet, je ne vous demande pas si cela a été pénible pour vous.

Je lui fit très brièvement le récit du déroulement de cette mission, puis il appela la réception afin que son chauffeur se rende à son bureau. Vous descendrez le jeune Brunet à Bazus dès sa sortie. Mr LAURENS me remercia et me dit, demain dans le courant de la journée, vous remontez à vôtre travail à Cap de Long. Oui Monsieur LAURENS, mais pas demain cette nuit : J’attendrai à Guchan un des Diamond qui assure le transport du ciment en vrac. Il était quatre heures lorsqu’un chauffeur s’arrêta et me prit à bord.

Le surlendemain, Mr LAURENS lors de sa visite de chantier vint au bureau du magasin, et avant son départ me dit : Jeune Brunet, après les obsèques de ce pauvre conducteur, sa sœur et son épouse m’ont chargé de vous transmettre leurs plus chaleureux remerciements pour le soutien et l’aide que vous leur avez manifesté. A mon tour je vous remercie.

Fin de cette très pénible anecdote.

Crédits photos : Ville de Bagnères de Bigorre, Fonds photographique EYSSALET.

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