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BOURISP: Monographie de 1887.

Monographies de 1887.

A l’occasion de l’Exposition Scolaire de 1885, le Ministre de l’Instruction Publique avait prescrit à tous les Instituteurs de rédiger une description de la commune où ils exerçaient leur profession. Comme il était souvent un enfant du pays, l’instituteur connaissait le dialecte et les coutumes locales.  Il recueillit les traditions locales auprès des anciens.

Ces études ont été centralisées à Paris, puis réparties dans les Académies. Nous trouvons celles des Hautes-Pyrénées aux Archives Départementales.

Elles sont cependant de qualité – et de taille – très inégales. Certaines font à peine quelques pages, d’autres plus de deux cents; quelques-unes ne représentent rien de plus qu’un banal devoir sur un sujet imposé, d’autres sont tout à fait remarquables.

Ces monographies, obéissent à un plan strictement pré-établi:

1. - Présentation détaillée et situation géographique de la Commune,

2. - Population,

3. - Chiffrer les différentes productions agricoles, éventuellement industrielles,

4. -  Décrire les moyens de communication,

5. -  Commerce local,

6. -  Histoire de la communauté,

7. - Faire le point sur l’enseignement primaire dans la commune, depuis une étude historique jusqu’à la description minutieuse du bâtiment d’école, en passant par les problèmes d’absentéisme, de l’état de l’instruction au niveau local, du traitement de l’instituteur et même du contenu de l’armoire bibliothèque.

BOURISP

Bourisp est une petite localité du département des Hautes-Pyrénées. Elle fait partie de l’arrondissement de Bagnères, et compte parmi les quinze communes dont se compose le canton de Vielle-Aure. Elle est située par environ 42° 55 en latitude boréale et 2° 05 de longitude occidentale.

Elle est limitée au nord par la commune de Guchan; à l’ouest, par celle de Vielle-Aure, au sud par celles de Vielle-Aure et Sailhan, l’est, par celles d’Estensan et de Camparan. D’ailleurs, sur ce dernier point, elle possède indivis avec Estensan, Camparan, Azet et Grailhen un vaste espace en partie gazonné, en partie boisé, appelé la Serre, et couronnant le contrefort qui sépare les deux vallées d’Aure et du Louron.

Elle s’étend du nord au sud sur une longueur d’environ deux kilomètres deux cents mètres, sa plus grande largeur ramenée à un plan horizontal peut être évaluée à quinze cents mètres. Sa surface est de 190 ha, 47a, 54. En outre, comme beaucoup d’autres communes de la vallée, Bourisp en plus du terrain en grande partie cultivé qui se trouve à proximité du village et seulement porté dans son plan cadastral, possède comme propriété communale, aux confins du département à la limite espagnole, une grande étendue de terrain appelé la montagne ou le Port. Sa surface est évaluée à 3310ha, 05 a, 55. On y trouve des forêts de sapins de pins et de hêtres assez étendues et en état d’exploitation; puis des parties gazonnées parcourues par les troupeaux dans la belle saison; et enfin des rochers et des pics plus ou moins dénudés est accessibles seulement aux isards qui cherchent sur ces hauteurs un refuge contre le plomb des chasseurs. Cette montagne est portée sur le plan cadastral de St Lary.

La distance de la commune de Bourisp au chef-lieu de canton de Vielle-Aure est de 1 kilomètre; au chef-lieu d’arrondissement Bagnères-de-Bigorre, de 44 kilomètres; au chef-lieu du département, Tarbes, de 64 kilomètres/

Comme il a été dit Bourisp se trouve dans le canton de Vielle-Aure, lequel occupe la partie méridionale de la vallée du même nom. Cette dernière donc la direction est, en remontant la Neste, du Nord au sud, tourne d’une manière assez marquée depuis Guchen et s’incline en s’élargissant vers le sud-ouest. La partie la plus large de la vallée se trouve justement entre Vielle-Aure et Bourisp; elle forme là une petite plaine de 1500 mètres de largeur environ, qui se resserre ensuit brusquement à 3 kilomètres de là au sud de St Lary, pour n’être plus après qu’une gorge sauvage au fond de laquelle roulent impétueusement  les eaux torrentielles de la rivière. La vallée se développe entre deux contreforts de la chaîne pyrénéenne; celui de l’ouest très abrupte, la sépare du petit vallon perdu d’Aulon, celui de l’est, dont la pente est moins accentuée que celle de son vis -à-vis, est jeté entre les deux vallées d’Aure et de Louron. Au nord la vallée se déroule, ouvrant de plus en plus son horizon; on distingue les villages  de Camparan, Grailhen, Guchan, Bazus, Guchen, et dans le lointain, Ancizan, Grézian et Cadéac.

Au sud se dresse l’imposante chaîne des Pyrénées avec sa ligne de pics se profilant dans le ciel comme les dentelures d’une scie; éblouissante de neige sous les rayons du soleil pendant les mois d’hiver, d’une teinte grisâtre ou d’un vert sombre. Dans les jours de printemps, d’été et d’automne. sur les pentes on remarque à droite Soulan, Cadeilhan-Trachère, Vignec, en face, St Lary, à gauche Sailhan, Estensan, Ens et Azet. La point du pic d’Aret qui ferme la vallée au sud, la surmonte de plus de 2 kilomètres.

Dans la partie la plus large du Bassin, Bourisp étage ses maisons en amphithéâtre, en s’adossant au contrefort oriental. Il fait aussi pendant à Vielle-Aure, justement placé en face contre le contrefort de l’ouest.

Le relief du sol s’accentue fortement à l’est, en remontant les pentes de la Coste et de la Serre; la borne qui délimite les 4 communes, Bourisp, Camparan, Azet, Estensan, se trouve à environ 1200 mètres d’altitude. Dans la partie inférieure de la pente se rencontrent quelques champs, et en majeure partie des prairies, qui ont pu s’y établir grâce à la présence de quelques petites sources qui en permettent l’arrosage; au sud-est du village est une petite colline gazonnée, le Pouy où s’élève un petit monument religieux en l’honneur de la Vierge, et d’où l’on jouit d’une vue presque générale de la vallée.

Au sud, à l’ouest et au nord, dans la partie plane de celle-ci, s’étend la généralité des propriétés particulières cultivées. La ligne de démarcation entre les deux communes Bourisp et Vielle-Aure, se trouve à peu près vers le milieu de la petite plaine, plus prés cependant de la première localité. La route nationale n° 129 coupe du nord au sud la portion de Bourisp en deux moitiés, donc celles de l’ouest, se compose en grande partie, de prairies, celle de l’est de terres labourées. Les deux limites nord et sud sont à environ l’une à 1600 l’autre à 600 mètres de la bourgade.

L’ensemble des terrains appartenant à la commune affecte la forme d’un trapèze qui aurait sa plus grande base à l’ouest, la plus courte à l’est, trapèze surmonté en outre d’un triangle isocèle dont le sommet serait à la borne commune à Camparan, Estensan, Azet et Bourisp.

Le terrain de la vallée est naturellement formé des alluvions de la Neste et des divers torrents qui y affluent. Comme tous les terrains de cette nature, il contient tous les éléments constitutifs du sol. Les roches qu’on rencontre dans les pentes que nous venons d’indiquer sont de nature schisteuse. Les richesses du sol consistent en carrières d’ardoises et de dalles schisteuses.

La commune n’est arrosée que par un  seul cours d’eau de quelque importance, torrent dans sa partie supérieure, et ruisseau dans son cours inférieur, la Mousquère. On ne doit pas considérer la Neste comme arrosant Bourisp, car c’est à peine qu’elle touche un moment à la pointe extrême du nord-ouest.

Au sud-est du village, s’enfonce vers Estensan une gorge sombre, profondément encaissée entre deux larges à pic, de 30 à 40 mètres de hauteur; au fond sur un lit de roches énormes, la Mousquère roule ses eaux bouillonnantes, blanche d’écume, se brisant mille fois contre les obstacles; à l’entrée de Bourisp, la pente devient moins accentuée, mais le torrent court vite encore vers le milieu de la vallée, suivant la direction de l’est à l’ouest. Arrivé non loin de la limite de Vielle-Aure, il tourne brusquement au nord, suit une ligne à peu près régulière, entre les prairies des deux villages, et près de la limite de ces dernières, va se jeter, ruisseau tout frissonnant encore de sa course échevelée, dans les eaux grondantes de la Neste.

Le débit de la Mousquère, en hiver, n’est pas de plus de 4000 litres par minute; mais à la fonte des neiges, il est bien dix fois plus grand, et dans certains jours d’orage, aux grandes pluies, 80 ou 100 fois supérieur.

Ces grandes crues ont en général lieu aux derniers jours de mai, et premiers jours de juin, ou au commencement de septembre. Le vent du sud amène sur les hauts sommets des Pyrénées des orages épouvantables; la pluie tombe en véritables cascades, et sur ces pentes rapides et dénudées, l’eau se précipite avec une violence inexprimable; la Mousquère alors, ainsi que les autres torrents des Pyrénées, voit ses ondes furieuses couler à pleins bords. Puis à l’eau se mêlent les rochers, les terres arrachées aux rives, et le tout est roulé avec une vitesse vertigineuse. Ces divers matériaux sous la poussée du flot, deviennent de vrais béliers dont les coups démolissent les murs et les digues, et bien souvent, ce qui n’était qu’un ruisseau utile pour l’arrosage et pour le fonctionnement de quelques usines, devient un véritable fléau, inondant les propriétés les ravinant, emportant la terre végétale, ou laissant d’énormes quantités de débris sous lequel disparaît toute trace de culture. De la Mousquère à l’entrée du village est dévié un canal d’irrigation qui se subdivise en une infinité d’embranchements à la partie supérieure des prairies qui se prolonge vers le nord. Ce canal sert en même temps de force motrice à quelques usines, moulins et scieries qui ont été établies sur son cours.

L’eau de toutes les sources qui jaillissent dans l’étendue de la commune, et même celle du torrent quand elle n’est pas salie par les crues, est propre à l’alimentation.

L’eau de la fontaine publique descend du Pouy, où elle sourd à quelque 40 mètres des maisons. Plusieurs petits filets d’eau sortent du coteau et servent ainsi qu’il a été dit à arrose les prairies qui s’y trouve. Leur débit total peut être évalué à celui que fournit le torrent dans ses moments de basses eaux.

Bourisp se trouve placé à 810 mètres d’altitude, le climat à cette hauteur est nécessairement froid, quoique cependant pendant certaines journées d’été où le vent du sud donne, la chaleur soit parfois très accentuée. L’hiver à une élévation pareille est toujours rigoureux; il dure  de mi-novembre à la fin mars, et il n’est pas étonnant de voir tomber de la neige de fin septembre à fin juin.

Il est vrai que ce sont des cas rares mais qui se présentent malheureusement quelquefois au grand détriment des récoltes, car la neige est toujours suivie de la gelée. La température en hiver baisse ordinairement jusqu’à 9 ou 10° au-dessous de 0. On a pu noter des températures plus basses, de -15°, ou des températures plus élevées +35°; mais c’est fort rare. La température moyenne doit être de +10° à +12°.

Les vents dominants sont du nord-ouest tournant à l’ouest, du sud-ouest, du sud et du nord. Ce dernier souffle en brise dans les belles journées d’été, c’est le vent de la sécheresse et du beau fixe. Les vents du nord-ouest, de l’ouest et du sud-ouest sont ceux de mauvais jours; ils amènent la pluie froide et la neige. Le vent du sud souffle en toute saison, mais surtout en février où il est le bienvenu, et à fin mai, juin, parfois en juillet et aout : alors il est assomment, puis septembre et premiers d’octobre. En mai-juin, septembre, octobre, il amène les orages à la suite desquels se produisent les crues subites et terribles des cours d’eau.

Quoique le dessous du terrain sur lequel est bâti le village soit sillonné de filets d’eau, l’endroit est très sain , car il repose sur la roche recouverte à peine d’une mince couche de terre; la pente étant assez rapide, l’eau ne séjourne pas, et la localité qui au premier abord semble marécageux est loin d’avoir ce défaut.

A propos de salubrité une observation se place ici tout naturellement, non pas spécialement pour Bourisp mais pour la plupart des agglomérations rurales, la propreté n’y est pas en général à l’ordre du jour, on ne prend guère le soin de débarrasser les rues des boues, des immondices, et autres impuretés; les fumiers restent trop à proximité des lieux d’habitation; le purin s’étale parfois en mares nauséabondes. Il est aussi que l’air vif ne manque heureusement pas, et que la plus grande partie du temps les paysans passent leur vie aux champs, et ceci atténue beaucoup ce que cela aurait de pernicieux pour la santé.

D’après le dernier recensement (1886) la population de la commune de Bourisp s’élève à 222 habitants, en augmentation sur le précédent d’une trentaine d’individus. Il ne faudrait pas en conclure que le chiffre tend à augmenter pas plus d’ailleurs que dans le reste de la montagne où le nombre des habitants a toujours diminué depuis une cinquantaine d’années. Vers 1850, Bourisp comptait plus de 300 personnes. A l’heure qu’il est la situation sous ce rapport reste à peu près dans la statistique. Cela est dû à ce qu’une partie de la jeunesse ne trouvant pas dans l’endroit même de suffisants moyens d’existence émigre vers les villes de l’intérieur où vers l’Amérique (Nelle Orléans, Buenos Ayre). La dépopulation provient encore de ce que les familles sont de moins en moins nombreuses sous le rapport des enfants.

Le village, aggloméré d’ailleurs, se divise en cinq quartiers :

Prade : 76 habitants – 15 feux,

Peyrelade : 26 habitants – 5 familles,

Grande rue : 38 habitants – 9 familles,

Moulin : 32 habitants – 6 familles,

Pénéte : 52 habitants – 7 familles.

Au total : 222 habitants – 42 familles.

La commune est administrée par un Conseil Municipal composé de 10 membres; le chef de la municipalité est le Maire secondé par un adjoint. Les fonctionnaires municipaux sont au nombre de cinq : deux gardes champêtres, un valet commun chargé aussi de l’entretien de la fontaine, un fossoyeur en même temps chargé de la sonnerie des cloches, un secrétaire de mairie. Les autres fonctionnaires de la commune sont l’institutrice, l’instituteur, le garde-forestier, le vicaire.

Bourisp, sous le rapport des finances fait partie de la perception de Vielle-Aure. Le percepteur est aussi receveur municipal. La commune est desservie par le bureau de poste et télégraphe de Vielle-Aure. Un facteur rural passe tous les jours, de 5 à 7 heures du matin suivant la saison, distribue les correspondances et fait la 1° levée; une 2° levée est faite lorsqu’il repasse en descendant d’Azet, vers 1 heure de l’après-midi.

La valeur du centime est de 0,32755.

Les revenus ordinaires sont le produit de la vente des coupes des forêts de la montagne (Aret, Lia, Fosses); puis la vente des pacages de la dite montagne. Le montant de ces revenus pour 1887 a été évalue à 5000Frcs. Mais la baisse dans le prix des bois réduira de beaucoup à l’avenir; ils sont bien déjà bien au dessous de ce qu’ils étaient autrefois.

Au point de vue des productions agricoles les communes de nos vallées pyrénéennes, à part les fourrages, sont d’une bien mince importance. Encore pour les fourrages il y aurait-il beaucoup à faire surtout en ce qui concerne la fumure. L’arrosage est assez bien entendu, mais l’engrais manque et les prairies sont d’un rendement fort faible relativement à ce que l’on pourrait en obtenir. L’élève du bétail fournissant le plus clair du revenu, on peut donner le premier rang aux fourrages en fait de culture principale. On peut évaluer le rendement pour Bourisp à 8000 quintaux métriques.

On récolte en fait de grains : seigle : 800 hl environ,

blé : 200 hl environ,

maïs : 92 hl environ,

blé noir ou sarrasin : 54 hl environ,

haricot : 25 hl environ,

orge : 18 hl environ.

puis en outre des pommes de terre : 1020hl environ.

On sème quelque peu lin et chaume, des fèves, etc.

En général, à part les pommes de terre dont certains propriétaires vendent une partie, les autres denrées fournissent à peine la quantité pour la dépense annuelle, encore est-ce chez un petit nombre de maisons; la plus grande partie des chefs de famille sont dans la nécessité tous les ans de s’approvisionner de graines, leur récolte étant en dessous du nécessaire.

Les procédés de culture sont très rudimentaires. La routine règne en souveraine maîtresse. On entend le travail agricole comme il se pratiquait il y a cent ans; il y à peut-être même plusieurs siècles. Ni machines, ni engrais chimiques, ni changement de semences. C’est à peine si on connaît la charrue en fer et quelques instruments modernes : fourches en fer, sécateurs, tarares. Pourtant une faucheuse a fait son apparition l’année dernière. Un des notables propriétaires de l’endroit, M. Donnez, maire, trouvait que le prix de main d’œuvre donnait par trop exagéré, que le travail se faisait trop lentement, a fait l’acquisition de cette machine  agricole et cela a été tout un évènement. La révolution du progrès y sera fort lente, d’abord parce que la propriété est trop morcelée, puisque les capitaux manquent absolument, enfin que l’on n’a pas été à même de se rendre compte de rien de ce que sont les résultats de cultures modernes. Ce que l’on a remanié le plus et le mieux dans noc cantons, c’est la voirie, le tombereau et le char peuvent à peu près aller partout dans les propriétés cultivées, même dans celles qui sont établies sur les pentes prononcées.

La commune possède des forêts d’une assez notable étendue : 1502 ha 74. Elles font partie du territoire de St Lary et se divisent en 3 sections : Aret, Lia, Fosses. Les essences qui les composent sont : le hêtre, le pin et le sapin. On y rencontre en outre une foule d’arbustes, genévriers, houx, buis, aveliniers, rhododendrons etc. La totalité de ces forêts est soumise à un régime forestier. De grands travaux de reboisement ont été accomplis par cette administration dans nos pentes pyrénéennes plus ou moins dépouillées à une époque par le vandalisme irréfléchi des particuliers. Ce dénudage des montagnes est, comme on le sait, une des causes des crues subites et désastreuses de nos torrents montagneux.

A ce sujet l’administration forestière ne sera jamais trop sévère, mais là où elle ne se montre peut-être pas assez indulgente, c’est dans la tolérance des pacages, c’est une grande gène pour les paysans que leurs animaux n’aient pas le libre parcours dans les propriétés communales, et il n’est pas si bien prouvé que ce parcours-là porte un tort quelconque au reboisement.

La commune ne possède pas de troupeaux de bêtes à laine, c’est une des rares localités de la vallée qui ne s’adonnent pas à l’élevage de la race ovine. On y élève des bêtes à cornes et des juments en vue surtout de la production des mules. L’une et l’autre de ces espèces sont en général de fort petite taille. L’espèce chevaline appartient au cheval dit Navarrais, petit sobre et robuste, l’espèce bovine appartient à la race dite d’Aure. Elle se fait généralement remarquée par sa robe gris de feu et la vivacité de son allure.

On pourrait améliorer ces deux races par le croisement. A cet effet a été établie une monte d’étalons du dépôt de Tarbes à Arreau. Les essais ne sont pas encore satisfaisants. Cela tient à ce que tous les animaux sont envoyés de quatre à cinq mois dans la haute montagne et y restent exposés à toutes les intempéries; les animaux de sang ne résistent pas à ces brusques variations de températures.

Pour l’espèce bovine on n’a guerre cherché à l’améliorer que par une nourriture plus abondante pendant les mois d’hiver. A quoi l’on devrait surtout porter plus de soin, c’est dans la tenue des étables et écuries où l’on loge les bêtes. Il y faudrait plus d’air, de lumière et de  propreté. Nous pourrions faire les mêmes observations à ce sujet que plus haut lorsque nous parlions de la proximité des fumiers des locaux d’habitation. A Bourisp se trouve une monte de chevaux et baudets du pays.

Le nombre total des animaux dont nous venons de parler est d’environ cinq cents dont une centaine environ pour l’espèce chevaline.

Comme dans toutes les campagnes, chaque maison a sa basse cour plus ou moins garnie de poules, dindons, canards, oies, pigeons, parfois des lapins, la race porcine n’est représentée que par les sujets que l’on élève chaque année au point de vue de l’engrais pour les besoins du ménage.

Il n’existe pas de chasse particulière dans la vallée, propriétés particulières et communales sont à peu près ouvertes à tous venants. La chasse dans les terrains communaux, qui se composent généralement des pentes raides, impossibles à la culture, est fort pénible. Le nombre de chasseurs à permis est d’ailleurs très restreint. Il n’y a pas non plus de braconniers de profession; mais accidentellement tout le monde l’est un peu. Dans la vallée, on chasse en automne, la caille, l’étourneau, le tour, la cigogne, râle, la bécasse, la bécassine, la sarcelle; puis vers l’hiver l’oie, le canard, le vanneau, pendant tout le temps de la chasse ouverte : le perdrix, les perdreaux, ceux-ci ne se rencontre jamais que dans les pentes. On chasse à l’affut, surtout pendant l’hiver, le renard; à l’affut et aux chiens courants le lièvre, au traquenard, le blaireau, la fouine, la martre, la loutre etc. Dans la haute montagne, on chasse l’isard, la gelinotte, le coq de bruyère. Rarement aujourd’hui, on rencontre des aigles, des loups et des ours dans nos Pyrénées, où autrefois ils étaient fort nombreux. C’est à peine si de loin on en signale quelqu’un passé du versant espagnol dans le nôtre.

Dans les eaux de la Mousquère, on trouve la truite et l’anguille, la pêche se fait à la main, à la ligne ou à la nasse; quelquefois au filet, appelé vulgairement l’épervier. Le poisson a beaucoup diminué dans nos rivières depuis quelque temps. L’une des causes est la fréquence des crues qui déplacent les lits des cours d’eau et en font périr les habitants étouffés sous les graviers ou restés à sec; l’autre c’est que certains individus se servent du chlorure de chaux, et parfois de cartouches de dynamite pour prendre les truites sur un long parcours ou dans des gouffres, et en détruisent un grand nombre, les toutes jeunes étant frappées comme les autres.

Bourisp possède de nombreuses carrières d’ardoises et de dalles. Elles sont à peu près toujours exploitées. Les carrières d’ardoises se trouvent au nord-est du village près du chemin menant de Camparan à Estensan, les dalles sont extraites au sud-est dans l’escarpement du Pouy à la Mousquère.

Sur ce torrent, à quelque cent cinquante mètres en amont du village est installée une scierie mécanique; la force motrice fournie par la chute d’eau est considérable, et l’usine fonctionne rapidement. A l’époque du dépiquage on y installe aussi la machine à battre. Sur le canal d’irrigation dérivé de la Mousquère, et qui longe le village du sud-est au nord-ouest s’échelonnent trois moulins et une seconde scierie dont le travail est moins considérable que celui de la première.

Le territoire de Bourisp est traversé du nord au sud par la route nationale n° 129 d’Auch en Espagne ou plutôt aux Pyrénées, puisque cette voie de communication n’est réellement construite que jusqu’à deux kilomètres au sud de Tramezaygues. La route passe à côté du village qu’elle laisse à l’est la 61° borne kilométrique depuis la limite du Gers se trouve à l’endroit où se détache de la route le chemin d’intérêt commun qui traverse la localité, la route passe la Mousquère à deux cents mètres plus haut sur un ponceau en pierres de taille. Celui-ci et la voie ont été construits en 1868 et 1869.

Les autres voies de communication de la commune sont des chemins vicinaux : 1° voie vielle-Aure; 2° vers St Lary; 3° vers Sailhan; 4° vers Estensan; 5° vers Camparan; puis à l’extrémité est, son territoire est encore coupé par le chemin qui va de Bazus-Aure à Azet en passant par Camparan et Estensan. Au sorti du village, au sud-est, se trouve sur la Mousquère un vieux pont dont la construction doit remonter à quatre siècles.

Bourisp communique donc avec son chef-lieu de canton par un chemin vicinal; avec son chef-lieu d’arrondissement, Bagnères-de-Bigorre, par la route nationale n° 129 jusqu’à Lannemezan, puis par le chemin de fer de Toulouse à Bayonne avec embranchement de Tarbes à Bagnères. On peut se rendre dans ce dernier endroit par un chemin détaché de la route n° 129 à Guchen et descendre vers Campan par la hourquette au col d’Ancizan, par la route thermale n° 1 entre les deux Bagnères, qui se détache de la route n° 129 à Arreau et passe au col d’Aspin pour descendre à Campan; ou encore par le chemin de grande communication n° 20 de Labarthe-de-Neste à Capvern et de là par la route départementale n° 3 de Capvern à Bagnères par l’Escaladieu. Pour se rendre au chef-lieu de département Tarbes on prend la voie déjà citée.

Une diligence publique transportant dépêches, voyageurs et bagages fait trois fois par jour le service de la gare de Lannemezan à Arreau, et deux fois par jour celui de la même gare à Vielle-Aure. Le camionnage des colis est fait de Lannemezan à Arreau par la même société que celle de la diligence.

Le commerce local consiste surtout dans la vente des animaux (vaches, juments et leurs produits) qui sont le principal revenu, vente qui se fait dans les foires et marchés des localités environnantes. Ajoutons à cela la vente des ardoises et ses dalles exploitées, puis du bois en planche provenant des coupes affouagères faites dans les forêts de la commune. Nous pouvons aussi parler de la production pendant l’hiver d’une notable quantité de beurre expédiée vers le nord.

On trouve quelques restes des vieilles mesures locales pour les longueurs : la canne : 8 mètres; l’empan : 0m 23; le pouce : 0,025, la ligne : 0,002. Pour les surfaces : le journal : 21 ares 84; la couperade : 1 are 82. Pour les capacités : le boisseau: 13l. 1/3; la tasse : 1/2 litre. Pour les poids : le quintal: 50kilos; la livre: 500 gr; l’once: 32 gr.

Il est en général fort difficile de trouver aux noms de nos villages une étymologie probable. Nous voyons d’ailleurs qu’à ce sujet des hommes forts érudits ne sont toujours pas d’accord pour ne pas dire qu’ils le sont presque jamais. Il n’est pas à notre connaissance qu’il n’a jamais été fait des études sur l’origine du mot Bourisp, prononcé de même dans l’idiome local qu’il est officiellement écrit.

La primitive église de l’endroit était dédiée à St Orens. Celui-ci était, d’après la tradition, espagnol de naissance, et abandonnant sa famille, ses richesses et sa haute situation dans le monde, il serait venu ce faire ermite dans un coin perdu des Pyrénées? S’était-il arrêté à Bourisp et lui aurait-il laissé son nom, que les habitants auraient fait précéder de bou qui veut dire bon? De Bouourens à Bourisp, la différence est peu de chose ; à la longue, en y mettant quelque peu de bonne volonté, l’un peut se transformer en l’autre.

A propos du nom Orens, nous pourrions donner un autre sens. Ce saint, aurait pu d’abord bâtir sa cabane dans la localité. Or bur ou buron est un vieux mot qui veut dire cabane ou grange; bur, dans la prononciation locale est bour; alors on aurait bourens, cabane de Orens, et par corruption, comme plus haut Bourisp.

Bourisp pourrait encore dériver du vieux mot celtique bours qui veut dire terre, bourbier. Enfin ce mot là pourrait se composer de deux mots basques : buru, qui veut dire derrière, et isp qui signifie mont; buruisp, Bourisp, derrière la montagne. Nous ne certifions rien, ne donnant que des probabilités, peut-être même de la simple fantaisie. Les deux dernières manières de voir présentent pourtant quelques caractères sérieux de vraisemblance.

L’histoire municipale de la commune est fort difficile à établir d’une manière précise, d’autant plus que les archives communales ne possèdent que fort peu de documents capables d’éclairer là-dessus.La tradition rapporte que vers le 10° siècle Bourisp comprenait 6 ou 7 maisons groupées autour de l’oratoire dédié à St Orens? Or vers cette époque, le pays d’Aure fut pris par les Sarrasins, et les habitants pour déloger leurs ennemis durent avoir recours à Sanche II Abarca, roi d’Aragon, qui battit les mécréants près de Cadéac les bains, dans un endroit appelé le Camp bataillé.

De ce dernier prince ou d’Eudes d’Aquitaine, descendent  les seigneurs d’Aure qui ont été propriétaires de ce pays jusqu’à ce que les Anglais s’en son emparés. Après eux, le pays fut annexé au Béarn et réunie à la France par Henri IV. Des traités historiques disent que sous tous ces maîtres nos villages gardèrent une certaine indépendance dans la façon de s’administrer.

La légende rapporte pourtant l’existence de seigneurs particuliers à Bourisp. C’était fort probable des vassaux du vrai seigneur. L’un d’eux menait les gens fort rudement, et fut, suivant la légende toujours, puni de mort par la Vierge, pour avoir voulu exiger la première nuit de noces d’une nouvelle mariée. La château de ces tyranneux, ou plutôt ses ruines, ont duré jusqu’en 1820, où on les démolit tout à fait. Les vieilles gens de la localité se souviennent des restes de cette demeure féodale et de leur démolition.

D’après une version donnée par Ségur d’Aguesseaux les pays d’Aure se seraient donnés volontairement à la couronne de France sous Louis XI vers 1480; ils auraient gardé divers privilèges administratifs; mais ces pays se suffisaient difficilement, étaient fort pauvres et avaient souvent maille à partir avec les collecteurs de taxes. Il y aurait eu même à la fin du 18° siècle, peu de temps avant la Révolution, un procès entre plusieurs localités du haut de la vallée et un sous-fermier. Il est rapporté des habitants d’alors des paroles, dans lesquelles se remarque l’esprit qui poussait tout le monde vers un régime meilleur, où le faible et le fort seraient traités par la loi sur un pied égal.

Au 15° siècle, d’après des titres disparus, Bourisp ainsi que bien d’autres communes de la vallée, aurait reçu un don d’un comte d’Armagnac, (Jean V), la montagne comprise dans le plan cadastral de St Lary. Il existe un vieux parchemin, à la date de 1609, ayant pour objet les règlements pour le pacage et les produits des forêts et des bois de ces montagnes entre Camparan, Bourisp, Azet, Ens, Sailhan, Estensan et Estensaguet, ce dernier nom indique probablement quelques maisons sises à peu de distance d’Estensan.

Au 17° siècle des procès auraient été faits à propos de cette montagne contre Camparan; il existe un jugement du sénéchal d’Auch à la date de 1789, confirmé par un autre du tribunal de Lourdes, 1792, à propos du pacage de Bourisp.

L’édification du pont sur la Mousquère, à l’entrée du village date du commencement du 16° siècle.

La paroisse fut administrée jusqu’à la Révolution par un baille et un traitant ou sous-traitant, comme partout. Cependant il y avait aussi l’assemblée locale, composée d’abord de tous les chefs de maison; puis plus tard de délégués désignés par la population, prenant le titre de consuls et chargés de soutenir les intérêts de la commune en général et de chacun en particulier.

En 1789, Bourisp possédait une cure et c’était le titulaire de celle-ci qui percevait la dîme de plusieurs endroits des environs. Les taxes de l’Etat y étaient aussi perçues, selon ce que rapportent certains octogénaires qui ont tenu celle de leurs grands parents. Dîmes et taxes étaient réglées en place publique sur une grande dalle appelée Peyro lado, de léoudo, impôts. Cette dalle est restée là jusqu’à l’édification de la fontaine publique; alors elle disparut. On s’en servit probablement pour ce travail. La place et le quartier gardent ce nom de Peyro-lado, pierre de l’impôt.

Avant 1789, Bourisp faisait partie de la sénéchaussée d’Auch, en 1770, elle fut comprise dans le canton de Vielle-Aure, district de Bagnères, département  des Hautes-Pyrénées.

Depuis la Révolution, Bourisp a eu son maire, son adjoint et son conseil municipal, d’après les diverses lois organiques qui ont régi la France. Le nombre des conseillers municipaux n’a jamais dépassé dix puisque la population est toujours restée inférieure à 501 habitants. A cette dernière période se rapportent la construction de la fontaine publique 1820, celle de la mairie 1827, celle du lavoir public 1829, la soumission au régime forestier des forêts communales, la réédification du clocher de l’église en 1847, la création du vicariat 1852; la construction de la route n° 129 en 1868 et 1869; un nouveau procès avec Camparan au sujet de la montagne, procès terminé en 1872; la construction du chemin vicinal vers Sailhan 1873; celle du chemin vicinal vers Camparan 1880; nous pourrions aussi mentionner celle du chemin vicinal de Bazus-Aure à Azet datant d’avant 1870; la construction de la maison d’école des garçons, 1882; l’élargissement de la rue principale 1886.

Les crues exceptionnelles de la Mousquère et de la Neste comptent parmi les évènements importants de l’histoire de la localité. Nous ne mentionnerons que les plus marquantes. La première en date dont il reste un souvenir précis remonterait vers 1730 à 1735. Les eaux du torrent étaient tellement furieuses qu’à la sortie du pont elles renversèrent le mur qui soutient la chaussée et protège le village; le torrent semblait vouloir faire d’une partie de ce dernier un nouveau lit. Heureusement, de grands arbres se trouvaient le long du terrain communal non bâti, la Prade, ils furent abattus et préservèrent la localité d’une ruine totale. Il est vrai que toutes les propriétés du nord furent gravement endommagées, car la Mousquère s’y jeta tout entière et les engrava ou ravina totalement.

Vient après l’inondation de 1834 en juillet. La Mousquère déborda sur tout un parcours; le ponceau du chemin vicinal de Guchan à St Lary, que la route nationale remplace aujourd’hui la route nationale remplace aujourd’hui fut obstrué par les matériaux, et l’eau descendit couvrant les propriétés. De plus la Neste quitta son lit à St Lary, emporta ce village et se dirigea vers la pointe que fait la Mousquère dans la direction de Vielle-Aure, et les deux cours d’eau inondèrent toutes les prairies des deux villages. Les dégâts furent après immenses. Une partie du quartier qui se trouve au sud du chemin vicinal sur la limite des deux communes porte depuis lors le nom de Nesto Séque, ou Neste desséchée, cette rivière ayant été remise dans son lit primitif. Depuis cette époque, la Neste, à la pointe extrême nord de la commune, ronge plus ou moins tous les ans les bords des prairies riveraines.

En 1875, les 23, 24, et 25 juin, nouvelle inondation moins préjudiciable pourtant que les autres, enfin en 1886, les 21, 22 et 23 mai, la crue fut entièrement haute, de plus la quantité des matériaux charriés était énorme; le torrent sortit de son lit à la sortie du village; en outre le ponceau de la route fut comblé par le gravier, et l’eau descendit en grande partie par la route, puis le tout sauta dans les prairies et les inonda en totalité. Les propriétés riveraines furent remplies de gravier, les autres de sable et de vase, la récolte entière des foins fut compromise.

« L’église de Bourisp est dédié à la Vierge depuis que selon la tradition, cette dernière a apparu miraculeusement dans cet endroit, la date de cet évènement est reportée au 9° ou 10° siècles. En ce temps là dit-on, Bourisp se composait de six ou sept maisons et de l’église dédiée à St Orens.

Il y avait, à l’orient de cette église un endroit marécageux, plein de ronces et de buissons et surtout de framboisiers, et tout auprès une fontaine qui depuis l’évènement a conservé le nom de Fontaine de Notre-Dame. A côté de cet endroit, nommé le Sescas, était la maison de Sens qui s’y trouve encore maintenant. Or il arriva que le maître de la maison, allant abreuver ses bœufs, vit l’un deux se détourner du chemin et diriger vers le fourré. Il les suivit et les vit occupé à lécher une image de la Mère de Dieu.

Aussitôt il rentre chez lui, fait part de ce qu’il a vu à sa famille, à ses voisins; on avertit le prêtre, tous accourent et voient le bœuf dans la même occupation. Alors le prêtre prend dans ses mains la statue, et suivi de tous les habitants la porte dans l’église.

Le lendemain matin, ceux qui se rendirent les premiers dans l’église, ne l’y trouvèrent point : ils vont au Sescas, et voient le bœuf léchant encore l’image. On la rapporte à l’église comme les jours précédents, mais la nuit elle disparaît, et lorsqu’on veut la chercher au lieu où on l’a déjà trouvée deux fois, on ne l’y voit plus. Alors on fait venir le bœuf de la maison des Sens qui, ne la voyant pas où il avait coutume de la lécher, lève la tête, pousse des mugissements plaintifs, et se dirige rapidement vers la colline nommée le Pouy, située au levant. Là il s’arrête, après avoir franchi une distance d’environ cinq cents pas, au bord d’une fontaine, près de laquelle était l’image. Le prêtre et le peuple la prennent encore et la portent à l’église de St Orens, l’entourant de leur vénération. Mais le lendemain, elle avait disparu pour la quatrième fois, et cette fois, comme les deux premières, cest au Sescas qu’on la retrouve.

Voyant alors que c’était dans ce lieu qu’elle voulait être honorée, on ne pense plus à la transporter dans l’église; on élève, autour de la place qu’elle avait choisie, un petit oratoire. La renommée des grâces qu’elle y distribue se répand au loin, et les offrandes des fidèles se multipliant avec leur reconnaissance, on substitue au modeste oratoire l’église qu’on y voit aujourd’hui. Notre Dame de Bourisp par Fiancette d’Agos). »

Viennent ensuite naturellement une foule de faits miraculeux que nous ne rapporterons pas et qui ressemblent à tous ceux inventés en pareille matière, et dont le département des Hautes-Pyrénées est assez fourni pour sa part.

L’idiome local est le patois gascon, qui varie d’ailleurs de localité à localité, mais dont les racines généralement sont latines, quelquefois grecques: ainsi dio –> jour, scalo –> échelle, cado –> maison etc, pégaro –> cruche vient du grec. Nous n’avons pas de chants locaux, ou s’il y en a n’en reste-t-il plus aucun vestige.

Dans nos villages perdus des montagnes les mœurs sont en général simples et purs: il nous reste beaucoup de l’antique naïveté des temps d’ignorance. Quand nous disons antique naïveté, peut-être est ce une manière euphémisme de dire antique grossièreté barbare des temps d’ignorance. Ces époques ont été un peu surfaites sous le rapport laudatif, l’étude de l’histoire nous montre bien souvent des faits dont le moindre nous révolte, et ne serait nullement toléré de nos jours.

L’esprit moderne se fait jour peu à peu partout à presque tous les points de vue, c’est un grand bien, et jamais la lumière ne devra être projetée plus largement que de notre côté, mais civilisation est par un certain côté synonime (sic) de corruption. Nous n’appuyons pas sur cette idée si bien développée par Jean-Jacques, et regardée par beaucoup  comme un des nombreux paradoxes de l’auteur du Contrat Social. On est bien forcé de convenir qu’il ya un peu de vrai.

Un des résultats de cette civilisation, c’est l’envie de jouir en vivant au milieu d’un confortable relatif qui nous a envahis partout. On ne conçoit plus l’existence comme autrefois; ainsi les dépenses sont elles devenues de plus en plus grandes, du moment que les besoins sont plus nombreux. On cherche a éviter autant que possible les nouvelles charges : c’est une des causes de l’amoindrissement de la population. Les jeunes gens se marient de moins en moins jeunes, et cherchent à avoir le moins d’enfants qu’ils peuvent. Nous pourrions néanmoins citer dans la commune des ménages de 7, 8 et 9 enfants, mais cela tend à devenir de plus en plus rare tandis qu’autrefois c’était la généralité.

Les mariages se contractent le plus souvent entre individus de la localité ou des endroits environnants; aussi dans nos villages tout le monde est-il à peu près parent; il en résulte que les relations sont empreintes d’une grande cordialité, et l’on garde la vieille habitude de réunir le plus grand nombre de parents et d’amis autour de la table de famille à certains jours, comme la fête patronale, par exemple.

Les mœurs se sont adoucies sous certain rapports, ainsi on se souvient que dans un temps qui n’est pas trop éloigné, les jeunes gens de localités différentes, se rencontrent parfois dans les foires ou des fêtes de village, en arrivaient souvent à des disputes et à des batteries dont l’issue était bien des fois sanglante. Des charivaris étaient organisés à l’occasion d’un mariage de veuf, de veuve, à moins que ces derniers ne l’empêchassent par le sacrifice de quelque argent ? On trouvait plus de gens s’adoubant à la boisson, tout cela a disparu ou devient de plus en plus rare; il n’y a qu’une de ces mauvaises habitudes qui semble vouloir prendre de l’extension plutôt que de s’atténuer, c’est l’usage du tabac, les adeptes en sont de plus en plus nombreux.

Il existe de nombreux vestiges de vieilles superstitions, de vieux préjugés : croyance aux revenants, aux loups garous, aux sorciers et sorcières, (brouchis et brouches), aux jeteurs de sort etc. Un bon côté de nos mœurs, c’est le caractère hospitalier des gens.

Les habitants de la commune appartiennent tous au culte catholique, avec des réserves plus ou moins marquées sur la façon de pratiquer. Un vicariat y a été crée en 1852, avant le service était fait par le curé de St Lary.

Le costume des habitants de la vallée ne présente rien de bien particulier. On peut remarquer pourtant que, en général, surtout en hiver on est habillé en laine écrue du pays, en bure ou burel. Jeunes gens et hommes se coiffent de la casquette ou mieux encore du béret béarnais, il reste même des vestiges d’une certaine coiffure en bure se rapportant beaucoup au bonnet phrygien, mais dont l’extrémité retombe. Les Aranais et les Catalans gardent encore ce couvre chef et chez eux il est presque toujours rouge. Certains ont l’habitude de ce ceindre d’une ceinture large, colorée diversement, telle que la portent presque tous les Espagnols. Mentionnons encore la chaussure appelée abarca, sandales en cuir non tanné se rattachant à la jambe avec des bandes entrecroisées. Les femmes ont comme particularité le capulet et la mante, sorte de capulet descendant aussi bas que les jupes.

Le fond principal de l’alimentation est le pain, fait le plus ordinairement de seigle ou de méteil, ce n’est que rarement qu’on fait usage du pain de blé pur. Dans l’hiver, surtout le soir le  repas consiste en lait ou beurre mêlé à de la pâte ou bouillie de maïs ou de sarrazin. Au repas du matin on mange de la soupe faite à la graisse et au lard; chaque ménage engraisse tous les ans un ou deux porcs suivants ses moyens et son importance. La viande de l’animal : saucissons, jambons, petit salé etc. se consomment dans le courant de l’année. Pendant l’hiver on mange de la viande de brebis salée. C’est avec elle qu’on prépare la garbure traditionnelle : soupe aux choux et pommes  de terre. La viande de boucherie, veau, mouton, la volaille ne sont d’un usage fréquent que chez les ménages aisés.

La boisson pendant le repas est ou a été longtemps le vin, mais depuis quelques années sa cherté le fait trop déserter, c’est une dépense énorme pour les petites bourses, et on le réserve pour les travaux pénibles de l’été. L’usage du café tend à se généraliser dans tous les ménages.

Bourisp ne possède pas de monuments remarquables, on ne rencontre pas même dans ses maisons des vestiges d’ancienneté comme en tant d’autres endroits. C’est à peine si dans quelques linteaux de porte on trouve le monogramme du Christ avec des millésimes du 15° et du 16° siècle. L’église est du style roman le plus simple. Dans l’intérieur on voit sur les murs des peintures à fresque datant du 16° siècle, exécutées par des artistes locaux tout  a fait primitifs. Ces productions, qui d’ailleurs sont très dégradées par le temps et l’humidité dans certains endroits, non guère d’autre valeur que leur vétusté et leur naïveté. Elles reproduisent, le tout mêlé des sujets mythologiques, des sujets bibliques et des sujets catholiques. Parmi les cinq cloches du clocher où on remarque une datant de la fin du 15° siècle : 1476.

Les archives communales sont fort pauvres en documents. Une grande partie des vieux titres qui s’y trouvaient, comme d’ailleurs dans les mairies des autres endroits, ont été, à un moment donné portés aux archives départementales à Tarbes par les soins de l’archiviste d’alors. Aussi ne reset-t-il que les collections du bulletin des lois, du journal des mairies, du journal des communes, des actes administratifs etc.

Quant à ce qui est relatif à l’histoire de la commune nous y rencontrons les registres de l’état civil depuis 1650; les registres des délibérations du Conseil municipal depuis 1816; le cadastre, la matrice cadastrale et les procès-verbaux de délimitation (1833); les budgets, les états de dépense, les dossiers divers concernant les recensements et le mouvement de la population, les dossiers des diverses élections municipales, départementales et générales. A cela nous joindrons un vélin de 1609 ayant pour objet un règlement de pacage et de produit de bois entre Bourisp, Azet, Camparan, Estensan, Ens, Sailhan; une copie d’une transaction entre Sailhan, St Lary et Bourisp datant de 1670 ayant trait aux droits respectifs de leurs montagnes; un ancien registre tenant lieu de matrice cadastrale, datant  de 1667; un fragment d’un jugement du sénéchal d’Auch (1789), confirmé par le tribunal de Lourdes (1792) à propos du pacage des troupeaux de Camparan sur la montagne de Bourisp; des plans, procès-verbaux et jugements ayant pour objet la délimitation des montagnes respectives de Bourisp et Camparan à la date de 1872.

Il n’est à notre connaissance qu’un ouvrage spécialement écrit sur la commune. C ‘est un petit opuscule d’environ 100 pages  intitulé : Notre-Dame de Bourisp par Louis de Fiancette d’Agos, édité par Abbadie de St Gaudens. Il traite de la légende de St Orens, de celle de Notre-Dame de Bourisp, des miracles de cette dernière, et à la description de l’église, surtout ses peintures murales. On relève aussi quelques mots sur la localité dans les deux ouvrages suivants : Histoire religieuse de la Bigorre par Bascle de Lagrèze, Hachette éditeur-Paris; et Voyage archéologique en Bigorre et les Quatre Vallées par Cénac-Montaut, éditeur Telmo, Tarbes.

Enseignements

Bourisp a eu à un temps fort reculé des instituteurs primaires. A la date de 1730 certains écrits trouvés dans des maisons particulières auraient été rédigés par un nommé Gaspi, régent. C’étaient des maîtres d’écoles libres, la première nomination officielle, ou plutôt le premier instituteur officiel pris et payé par les communes daterait de 1816. Le sort de ce fonctionnaire comme celui de tous ses collègues d’alors était fort précaire. Il recevait un traitement de 200frcs prélevé sur les fonds municipaux. En sus de cela il percevait chez les parents des élèves des redevances en nature : œufs, pain, lait, graisse etc. De plus il était invité à diverses fêtes, aux noces. Il ne pouvait être ni sacristain, ni chantre, ainsi que tant d’autres, puisque la commune n’avait pas de prêtre, ajoutons d’ailleurs que dans nos village les maîtres d’école non jamais été soumis à des fonctions peu en rapport avec leur profession, à l’instar d’autres endroits.

Après la loi de 1830, Bourisp eut aussi son instituteur nommé alors par l’administration départementale. Depuis lors l’historique de l’enseignement et des maîtres est celui de toutes les communes.

Jusqu’en 1845, Bourisp n’avait pas d’école de filles. La commune en prit à ce moment une qui resta quelques années. A son départ, on ne lui donna pas de remplaçante, et l’école redevint mixte jusqu’en 1860. Une institutrice libre s’y installa cette année jusqu’à 1863. A cette date la commune vota de nouveau des fonds pour une institutrice qui fut nommée officiellement. Vu l’exiguïté de la population, le poste était non classé. D’après le loi de 1886, l’Etat qui jusque là par faisait le traitement de l’institutrice laisse le tout à la charge de la commune qui devra prélever sur son budget la somme de 600frcs. Jusqu’en 1884 les deux écoles étaient situées dans le même établissement, la Mairie. La salle des garçons au rez-de-chaussée, celle des filles, ainsi que le logement de l’instituteur au 1° étage, où ils sont encore actuellement. La commune payait une indemnité de logement au maître. En 1882 on construisit l’école spéciale de garçons qui fut inauguré en 1884. Les écoles ont été payantes jusqu’en 1882.

L’école des filles, comme il est dit, se trouve au 1° étage de la mairie au centre de la localité. Ses dimensions sont de 6m 93 de longueur moyenne, 6m 60 de largeur et 3m de hauteur. Les côtés sud et est ne présentent pas d’ouvertures; le premier est en partie occupé par une assez vaste cheminée. Le côté nord est percé de deux portes; celle du nord-est sert d’entrée principale, celle du nord-ouest s’ouvre sur le logement de l’institutrice. Le côté ouest est percé de deux fenêtres, de 2m sur 1m. Dans l’après-midi la salle est suffisamment éclairée, puisque le soleil vient frapper directement les deux ouvertures, mais le matin la salle est un peu sombre. L’école des filles a à sa disposition  comme préau, l’ancienne salle des garçons au rez-de-chaussée. La vue donne sur la place publique et à l’horizon sur le contrefort ouest de la vallée au haut duquel se montrent les granges de la montagne de Vielle-Aure.

La maison d’école des garçons se trouve au sud-est du village, la salle est précédée d’un vestibule de 2m de largeur. Ses dimensions sont : 7m 50 de long, sur 5m 15 de large et 4m de haut. Le côté sud-est percé de deux grandes fenêtres de 1m 52 sur 2m 20; elles ont pour pendant du côté nord, deux autres baies de 1m sur 2m . Les côtés est et ouest sont percés chacun d’une porte , la 1° sert d’entrée; la seconde donne accès sur un préau couvert et sur la cour située au sud de la maison. La salle d’école est bien éclairée et aérée, les élèves reçoivent la lumière bi-latérale. La vue vers le nord donne sur des jardins; vers le sud sur la cour et le ruisseau la Mousquère bordé de peupliers; au-delà se dessine le coteau de Sailhan, puis le fond de la vallée et dominant tout le tableau l’encadrant de ses lignes sévères, la crête dentelée des Pyrénées.

Eu égard à la petite population de la commune les besoins de l’instruction primaire sont amplement satisfaits. Les seules améliorations pressantes à réaliser seraient les achats de mobiliers scolaires nouveau modèle dans les deux écoles: armoires, bibliothèques, bancs, tables, appareils de gymnastiques. Les écoles sont fréquentées assez régulièrement du 15 9bre, à Pâques; mais le reste de l’année les absences sont très nombreuses, trop nombreuses et le résultat des études primaires est gravement compromis. Les parents occupent les élèves pendant la belle saison, à la garde du bétail. Tous les enfants reçoivent pourtant une instruction sommaire; nous n’avons pas à mentionner ni conscrit, ni conjoint illettrés dans la dernière année; le cas d’ailleurs ne se présente pour ainsi dire jamais.

La commune possède une bibliothèque scolaire trop incomplète malheureusement. Elle date de 1879 et fut créé au moyen d’un fond voté par le Conseil municipal. Le nombre des volumes est de 40; celui des prêts en moyenne de 35.

Le traitement de l’instituteur est de 1200 frcs; celui de l’institutrice de 600frcs. La commune étant propriétaire des immeubles scolaires n’a pas de loyer à payer. Les sacrifices qu’elle devrait s’imposer pour les améliorations dont nous avons parlé s’élèveraient de 1800frcs à 2000frcs environ.

Bourisp le  avril 1887

Verdier, instituteur.

Source : Archives Départementale des H. Pyrénées

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