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AULON: Monographie de 1887.

Monographies de 1887.

A l’occasion de l’Exposition Scolaire de 1885, le Ministre de l’Instruction Publique avait prescrit à tous les Instituteurs de rédiger une description de la commune où ils exerçaient leur profession. Comme il était souvent un enfant du pays, l’instituteur connaissait le dialecte et les coutumes locales.  Il recueillit les traditions locales auprès des anciens.

Ces études ont été centralisées à Paris, puis réparties dans les Académies. Nous trouvons celles des Hautes-Pyrénées aux Archives Départementales.

Elles sont cependant de qualité – et de taille – très inégales. Certaines font à peine quelques pages, d’autres plus de deux cents; quelques-unes ne représentent rien de plus qu’un banal devoir sur un sujet imposé, d’autres sont tout à fait remarquables.

Ces monographies, obéissent à un plan strictement pré-établi:

1. - Présentation détaillée et situation géographique de la Commune,

2. - Population,

3. - Chiffrer les différentes productions agricoles, éventuellement industrielles,

4. -  Décrire les moyens de communication,

5. -  Commerce local,

6. -  Histoire de la communauté,

7. - Faire le point sur l’enseignement primaire dans la commune, depuis une étude historique jusqu’à la description minutieuse du bâtiment d’école, en passant par les problèmes d’absentéisme, de l’état de l’instruction au niveau local, du traitement de l’instituteur et même du contenu de l’armoire bibliothèque.

AULON

I

La commune d’Aulon, située à l’extrémité sud-ouest du canton d’Arreau, a pour limites  au nord, les montagnes appartenant aux communes de Campan, de Bagnères et d’Ancizan ou des des Quatre-Véziaux ; au sud, les montagnes de Soulan et de Vielle-Aure ; à l’est, encore les montagnes de Soulan, et à l’ouest celles des Quatre-Véziaux et de Guchen.

L’étendue de son territoire, montagnes comprises, est de 287.460 ares.

Bâti sur l’une des pentes du pic d’Arbizon, exposé à la fois au levant et au midi, ayant en face et dans la direction sud une vaste forêt de sapins, perdu, pour ainsi dire, dans les montagnes et entouré de précipices, le petit village d’Aulon offre un aspect des plus imposants et des plus pittoresques. D’aucuns, par exagération, l’ont comparé à un nid d’aigle.

Les roches qui constituent les montagnes sont de natures diverses : granit, schiste et calcaire, ce dernier cependant est celui qui existe en plus grande quantité.

On ne trouve rien à Aulon en fait de curiosités naturelles si ce n’est le sommet de l’Arbizon, visité chaque année par plusieurs touristes et où, affirme-t-on, se trouve une fontaine qui sourde à peu de distance de la crête du pic, dont l’altitude est de 2.838 mètres.

Les deux principaux cours d’eau, passant près de la commune, sont : le Lavedan, ruisseau torrentueux qui descend de la montagne d’Aoulouey ou Portarras ; le ruisseau de Lapeyrie, petit filet qui descend en cascades de l’Arbizon et va se joindre au Lavedan à trois cents mètres au-dessous du village. Le débit de ces deux petits cours d’eau, à l’étiage, est de cent vingt litres environ par seconde pour le premier, et de dix litres pour le second. Ils portent leurs eaux dans la Neste d’Aure qui va se jeter à son tour dans la Garonne. Aulon fait donc partie du petit bassin de la Neste et du bassin principal de la Garonne.

A l’époque de la fonte des neiges dans les montagnes et aussi à la suite de violents orages, les deux petits ruisseaux dont je viens de parler grossissent considérablement et font de grands dégâts dans les prairies voisines, bien que les crues n’aient que peu de durée.

Un lac sans importance se trouve sur la montagne de Portarras.

Toutes les eaux sans exception, fontaines ou ruisseaux, peuvent être utilisées pour les besoins domestiques et autres : boisson, cuisson des aliments, lavage du linge, arrosage des prairies. C’est une fontaine qui fournit l’eau nécessaire aux ménages.

A trois kilomètres en amont du village, dans la direction sud-ouest, sur le chemin abrupt de la montagne, coule une petite source d’eau ferrugineuse très estimée, mais dont l’accès est fatigant ; son débit est de trois litres par minute, seulement.

Par son altitude très élevée (1.213 mètres), la commune d’Aulon possède un climat naturellement rude, surtout vers la fin de l’automne et en hiver. Cette rigueur de température est heureusement combattue, quand le soleil paraît, par la bonne exposition du village. Toutefois il est à remarquer que même en été les nuits y sont assez froides.

Les vents dominants viennent du sud, du sud-ouest, de l’ouest, apportent quelquefois la pluie et trop souvent, hélas ! la neige, pendant l’hiver. En été le voisinage des pics fait éclater fréquemment dans la commune et les environs de terribles orages.

Au point de vue de la salubrité tout est satisfaisant, à l’exception des maisons qui, pour la plupart sont situées en contre-bas à cause de la pente du terrain.

II

Le chiffre de la population, d’après le recensement général de 1886 est de deux cent quarante-six (246). Il a diminué de sept habitants depuis le dénombrement de 1881. Cette diminution, quoique de peu d’importance, est attribuée é ce qu’il se contracte fort peu de mariages depuis quelques années. En outre, des jeunes gens quittent le pays dans l’espoir de trouver ailleurs, notamment dans les villes, des moyens de vie moins pénibles que chez eux. Malgré la réussite de certains, beaucoup éprouvent des déceptions.

Le village d’Aulon, de forme un peu allongée, est une agglomération de quarante-deux maisons, comptant un nombre égal de feux. Il n’est point divisé en sections et ne posséde aucun hameau.

Le seul quartier remarquable est celui de Lurgue situé entre le village et la montagne ; il est éloigné des maisons d’environ deux kilomètres. Chaque propriétaire possède à Lurgue des prairies naturelles arrosées, et une ou plusieurs granges. Ces granges, bien bâties, assez rapprochées les unes des autres, et vues de loin, ont l’aspect d’un nouveau petit village, bien qu’il ne s’y trouve aucune habitation.

Aulon, comme toutes les autres communes est administré par un maire assisté d’un adjoint et d’un conseil municipal. L’assemblée communale est composée de dix membres seulement, la population étant inférieure à 500 habitants.

En dehors du conseil municipal élu, il existe un petit syndicat libre comprenant deux membres chargés de gérer les revenus d’un petit moulin et de subvenir aux dépenses d’entretien et de réparation. Le moulin est la propriété des habitants. Suivant l’usage, les deux administrateurs-syndics sont renouvelés chaque année. Les propriétaires, à tour de rôle, sont ainsi appelés à faire partie du syndicat.

Quand des affaires urgentes se présentent, s’il importe d’en donner connaissance au public, celui-ci est invité par le valet commun et au son de la caisse, à se réunir sur la place publique, le dimanche ou quelque jour de fête. Ces assemblées ressemblent en petit à celles du forum des Romains. Mais, chose comique, elles deviennent quelquefois tumultueuses, tout le monde bavarde et crie en même temps, et souvent l’on se quitte après avoir parlé de tout excepté de l’objet pour lequel on s’était réuni.

Après le Maire et ses conseillers, les autres fonctionnaires de la commune sont : le garde champêtre qui veille à la garde des propriétés, ainsi qu’au bon ordre et à la sûreté publique ; l’instituteur communal chargé de l’école des garçons ; l’institutrice dirigeant l’école des filles. Pour le culte catholique la commune est desservie par un prêtre à résidence, sous l’autorité du doyenné d’Arreau dont Aulon est l’une des succursales.

La surveillance des bois soumis au régime forestier est exercée par un garde et un brigadier résidant tous les deux à Ancizan et remplissant leurs fonctions sous l’autorité de M. le Garde général du canton.

Pour les finances la commune fait partie de la perception d’Arreau.

Un facteur partant du bureau des postes et télégraphes d’Ancizan fait tous les jours le service d’Aulon, à moins que de grandes quantités de neige ne l’en empêchent quelquefois pendant l’hiver.

La valeur du centime le franc de la contribution foncière en 1887 est de :
1° Propriétés non bâties 0,0888
2° Propriétés bâties 0,0904
3° Contribution mobilière 0,7080

Les revenus ordinaires de la commune qui consistent principalement dans la vente annuelle d’une coupe ordinaire de bois de sapin, ont considérablement diminué depuis quelques années par suite, dit-on, de la crise industrielle et commerciale qui paralyse en partie les affaires, et aussi à cause de la concurrence faite en France par les bois d’industrie venant de quelques contrées du Nord.

En 1886 la coupe d’Aulon est demeurée invendue faute d’acheteurs. La caisse municipale doit naturellement en subir le contre-coup.

La commune peut cependant créer certaines ressources en établissant des taxes raisonnables sur les nombreux troupeaux de vaches et de moutons qui pacagent dans la montagne pendant l’été. Mais l’établissement de ces taxes est difficile en présence de l’opposition des propriétaires.

III

Les terrains, situés entièrement dans une région montagneuse, font partie de la zone des sapins qui a pour caractère principal la grande masse de rochers : les forêts et les pâturages y dominent. Le sol cultivé est peu productif pour plusieurs causes : l’altitude, le peu de profondeur, la nature calcaire. Ces inconvénients sont corrigés par l’abondance et l’excellente qualité du fumier que les paysans répandent dans les champs et les prairies. Les procédés de culture sont tout à fait simples et primitifs.

Parmi les productions végétales de la localité, on trouve : le froment, en petite quantité, le seigle, l’orge, le sarrasin ou blé noir, appelé dans le pays mimourou, mot qui signifie sans doute millet maure ; les pois, l’avoine, les pommes de terre, les choux, les raves, les fèves, les lentilles, les haricots et les carottes en très petite proportion.

Les plantes industrielles, à l’exception du lin, y sont inconnues. Les prairies naturelles, situées au voisinage des cours d’eau et soigneusement arrosées, fournissent d’assez grandes quantités de bon fourrage : foin et regain. Il y a en outre dans les montagnes d’immenses étendues de gazon naturel constituant d’importants pâturages qui, avec les prairies, sont la seule source de revenu permettant de vivre à Aulon. Ils offrent les moyens de nourrir un certain nombre d’animaux : vaches, moutons, chevaux, qui donnent du fumier pour les céréales, de la laine, du lait, du beurre, du fromage, de la viande, et, par la vente, de l’argent.

Les habitants cependant sont obligés d’acheter au marché du blé et du maïs, la récolte du premier étant insuffisante et le second ne pouvant point être cultivé à une si haute altitude. Pour cette dernière cause également, les arbres à fruits sont inconnus à Aulon.

Les peupliers et les frênes bordent les prairies. On trouve dans les forêts de superbes sapins, des buissons de chênes, des coudriers, des buis, des genévriers. Le hêtre manque totalement. On se sert pour le feu du bois de sapin qui est détestable : il produit de petites explosions en brûlant, projette des étincelles à droite et à gauche, dure peu et répand une faible chaleur.

La chasse et la pêche sont peu pratiquées, la pêche surtout. Parfois cependant de hardis chasseurs vont à la recherche des chamois ou isards dans les escarpements vertigineux de l’Arbizon. Les isards sont des bêtes sauvages ressemblant un peu aux chèvres ; ils sont doués d’une agilité et d’un instinct merveilleux, vivent en troupes dans les sommets ou les gorges les moins fréquentés par l’homme, et franchissent sans difficulté des précipices épouvantables. Il y a toujours un de ces animaux faisant le guet pour avertir les autres de l’arrivée des chasseurs. Le chamois pris tout jeune s’apprivoise facilement.

Il y a aussi en haut de l’Arbizon des oiseaux appelés Lagopèdes, de la grosseur et de la forme d’un gros pigeon. Leur plumage change de couleur à chaque saison.

Les mines, carrières, usines, manufactures font complètement défaut.

Comme voies de communication, le territoire est sillonné de chemins étroits, de sentiers aboutissant aux montagnes, aux forêts, aux propriétés. L’un des chemins conduit à Guchen par une pente rapide, et y joint la grande route nationale de la vallée d’Aure. Les paysans d’Aulon se rendent à pied au chef-lieu du canton, Arreau, où se tiennent les foires ordinaires les plus importantes du pays et le marché hebdomadaire le plus voisin.

Les mesures locales sont celles du système métrique. Mais quoique les surfaces des terrains soient évaluées en ares et hectares, on emploie encore dans le langage populaire le mot couperade qui équivaut à un are quatre-vingt-trois centiares.

IV

Le nom de la commune, Aulon, en patois Aoulou, est probablement un mot espagnol qui signifie maigre, peu productif.

En outre, un des quartiers les plus éloignés dans la montagne porte le nom d’Aoulouéy ou Aülouéy qui semble vouloir dire au loin. Quoi qu’il en soit, les étymologies que je donne me paraissent fondées.

L’histoire municipale n’a jamais été écrite. En fait de traditions et de légendes, ce que l’on sait est du domaine des croyances religieuses.

Première tradition :

C’était à la fin du 16e ou bien au commencement du 17e siècle, à la sortie d’un hiver rigoureux. Trois grands garçons aperçurent, du village, un certain nombre d’isards dans un quartier de la montagne qu’on nomme Litas, direction de Lurgue. Immédiatement il fut convenu d’aller les chasser et d’essayer de les prendre. Comme c’était un dimanche et aussi la fête de Saint Fabien et de Saint Sébastien, l’un des chasseurs Arnaut Coudet proposa d’assister à la messe avant de partir. Ses camarades lui répondirent ainsi : « Crois-tu donc que les isards vont attendre que la messe soit terminée ? ».Cela dit, Arnaut entra à l’église, laissa partir les deux compagnons et alla les rejoindre, après l’office, sur la pente de la montagne couverte de neige. Un moment après une terrible avalanche se détacha au-dessus d’eux, descendit avec un fracas épouvantable, passa près d’Arnaut sans le toucher, entraîna les deux autres chasseurs dans les précipices et suspendit leurs corps éventrés dans les branchages des sapins. Saint Fabien et saint Sébastien avaient opéré un miracle en faveur du fervent Coudet. Une confrérie fut érigée alors en l’honneur des saints protecteurs.

Deuxième tradition :

Je trouve le récit de la seconde tradition dans une feuille religieuse qui m’a été communiquée :

« L’hiver de 1603 avait été rude ; la neige était tombée en abondance. Aulon et la vallée presque tout entière cachés aux rayons du soleil pendant la saison des frimas, dormaient ensevelis sous un épais linceul, tandis que les loups, enhardis par la faim et deux longs mois de cruelles souffrances, s’aventuraient jusque dans l’intérieur des habitations. Et les pauvres gens ! Ah ! mornes et tristes, ils attendaient anxieusement que le doux soleil de mars vint attiédir l’atmosphère, fondre les neiges, rendre leur liberté aux malheureux. Pâles et presque défigurés par les privations et la rareté de l’air, ils cherchaient à tromper les lenteurs du temps par le récit des catastrophes que de pareils hivers avaient amenées dans le pays.

Enfin, mars apparut tout grelottant encore, mais égayé par quelques rayons bienfaisants de l’astre du jour.

On devine la joie des bons paysans d’Aulon. Ils allaient et venaient dans leurs chaumières enfumées, cherchant à découvrir à travers les fissures de leurs fenêtres mal jointes un peu de cette lumière si attendue. Ils la virent enfin… Bientôt sous la douce influence du soleil et des autans, la neige fondit si rapidement que chacun put quitter sa froide prison, étaler au soleil ses membres anesthésiés et mesurer les ravages du triste hiver.

Tandis qu’on allait se comptant partout, plaignant les disparus, félicitant ceux que la rigueur de la saison avait épargnés, soudain, un soir, on entendit un roulement formidable répercuté par toutes les collines. Une avalanche s’était formée sur les hauteurs, elle avançait, grossissant toujours, entraînant dans sa marche rapide tout ce qui s’opposait à son passage. Je ne sais si mes lecteurs ont jamais de près ou de loin aperçu un de ces immenses blocs de neige qui, au printemps, descendent du haut des montagnes, menaçant d’écraser des villages entiers. C’est effrayant. Un rocher qui se détache, un glaçon qui tombe, un rien suffit pour former le noyau de ces masses roulantes de neige qui s’amoncellent, s’amoncellent toujours. Et si une pointe de rocher ou quelque obstacle invincible ne vient à les briser, malheur aux villages qui se rencontrent sur leur chemin.

On tremblait à Aulon. A peine remis des émotions et des fatigues d’un long hiver héroïquement enduré, on allait se trouver aux prises avec un ennemi autrement terrible, autrement puissant que celui de la veille. La constitution saine et robuste de ces montagnards de fer avait, après tout, pu résister à des froids excessifs, à des privations pénibles. Mais que faire contre la force brutale et irrésistible de l’avalanche ? Fuir ? On n’en avait pas le temps ; se cacher ? Mais où se cacher ? L’avalanche était là ! Elle passa comme une trombe. Un craquement formidable se fit entendre, puis, plus rien.

Aulon avait presque disparu tout entier sous une lourde montagne de neige.

Voilà qu’aussitôt les villages voisins s’ébranlent. Guchen donne le signal. On monte chargé d’instruments pour déblayer au plus vite et rendre à la lumière et à la vie ceux qui, par le plus grand des hasards, auraient pu ne point périr. Mais que peuvent quelques centaines de bras humains ?

En vain le jour et la nuit se passent-ils dans ce pénible labeur, malgré tous les efforts, l’ouvrage marche lentement.

Après trois jours de fatigues inouïes, la pioche touche aux maisons. Hélas ! partout le silence de la mort. Dans les maisons croulées, rien que des cadavres, les uns broyés sous les décombres, les autres crispés et asphyxiés. On cherche, on cherche encore. Le cinquième jour, et quand le travail allait toucher à sa fin, un léger bruit se fait entendre. La pioche manœuvre avec une activité fiévreuse.

Le bruit se rapproche, une femme enfin apparaît : « Ô Notre Dame, s’écrie-t-elle, merci, vous m’avez sauvée ! ». On s’empresse autour d’elle, on l’accable de questions. Mais Jeammette, car c’était Jeammette Marsan : « Rendons grâces à Dieu et à la bonne Notre Dame, ils m’ont gardée la vie ». Que s’était-il donc passé ? Il serait intéressant de lire la relation que firent de cette merveille, le 9 septembre 1606, la sœur de Jeammette et Thomas de Rouy, peut-être recteur de la paroisse, aux prêtres de Monléon. Mais à défaut de cette pièce probablement perdue, nous avons la tradition, et l’on sait si la vallée d’Aure est un pays de traditions. D’ailleurs, il nous reste les statuts d’une confrérie érigée à Aulon en l’honneur de Notre Dame des Neiges, en l’année 1637. Ces statuts dont je dois la copie très fidèle à un enfant du pays, rappellent les principales circonstances du miracle.

Jeammette Marsan, dit la tradition, était une bonne chrétienne simple, candide et craignant Dieu. Elle avait une tendre dévotion pour Marie. Mais si tous les sanctuaires de Notre Dame lui étaient chers, il y en avait un qu’elle aimait par dessus tous les autres : c’était la chapelle de Garaison. Garaison, cette pépinière de grands apôtres attirait déjà de nombreux pèlerins. De nos montagnes et de nos vallées, la veille des fêtes de Marie, des essaims de jeunes vierges partaient vers l’auguste chapelle. On priait, on chantait et on allait recevoir son pardon. Tout nous porte à croire que Jeammette, plus d’une fois, chemina avec ces pieuses caravanes. Quoi qu’il en soit, elle aimait Notre Dame d’un amour filial : Notre Dame le lui rendit bien.

A la vue du péril, près d’être écrasée par l’avalanche, Jeammette s’était écriée :
« Notre Dame de Garaison, secourez-moi ! ».Tout s’affaissa autour d’elle ; « aux environs d’icelle, son mari et son enfant furent surpris et étouffés » (1) mais au-dessus de sa tête, les poutres et les traverses formèrent comme une chambrette où elle pouvait se mouvoir. Naturellement ce devait être son tombeau. Sans air, sans lumière, sans feu, profondément cachée sous une couche de dense neige, pouvait-elle vivre de longues heures ? Elle y passa cinq jours, sans manger ni boire, et quand elle sortit, elle était pleine de vigueur. A n’en point douter, Notre Dame l’avait sauvée. Jeammette le crut et tout le monde avec elle. Elle avait fait le vœu de visiter la chapelle de Garaison : elle y vint. Un tableau rappelant le miracle fut apporté par elle et suspendu aux murs du sanctuaire ; enfin elle voulut que les témoins de ce prodige en fissent le récit exact et détaillé devant les prêtres de Monléon et M. Danté, avocat d’Auch.

En 1637, sous le bon plaisir de monseigneur l’évêque de Comminges, du consentement duquel on arrêta les statuts, une confrérie fut érigée à Aulon en l’honneur de Notre Dame des Neiges. Un religieux de la compagnie de Jésus, Jean Fourcaud, vint l’établir ; Jean de Ribeyras, archidiacre d’Aure, la confirma ; monseigneur Gilbert de Choiseul, évêque de Saint-Bertrand de Comminges l’approuva, et d’autres prélats lui accordèrent des faveurs spéciales.

La confrérie de Notre Dame des Neiges disparut dans le tourbillon de la Révolution. Les statuts existent encore et le nom de Jeammette Marsan n’est point oublié des habitants d’Aulon ».

En la même année 1637, la confrérie érigée en l’honneur de saint Fabien et de saint Sébastien fut réunie à celle de Notre Dame des Neiges.

On ne connaît aucun personnage célèbre né dans la commune. L’histoire cite cependant le nom de Jean d’Aulon, membre de la maison militaire donnée à Jeanne Darc avant la délivrance d’Orléans.

L’idiome de la localité est celui de la vallée d’Aure, avec une légère différence d’accent. C’est un mélange d’expressions patoises dérivées du latin, de l’italien, de l’espagnol et peut-être du celtique. Il se prête à toutes les tournures et à tous les raffinements du langage. Dans les campagnes il est presque seul employé, et c’est l’une des causes du peu de progrès des enfants pendant les premières années de scolarité. Il faut un temps infini avant de pouvoir fructueusement initier les élèves à la connaissance de la langue française.

Aucun chant particulier n’est connu à Aulon. Les habitants ont en général des mœurs satisfaisantes ; ils sont sociables, empreints de cordialité, sensibles, d’un caractère tranquille, réfléchi, fier, courageux, mais susceptible. Ils sont aussi très forts, vaillants, actifs, et la frugalité est pour eux une qualité précieuse au point de vue de leur santé.

Ils se nourrissent de pain noir, mélange de seigle et d’orge, de pommes de terre, de légumes, de pâtes de maïs et de sarrasin, beaucoup de laitage et parfois de la viande de porc, de mouton, salée ou fraîche.

La forme de leurs costumes est toute simple : le pantalon, le gilet, le veston, tout en laine forte. La coiffure consiste en un béret béarnais, une casquette ou une calotte s’enfonçant jusqu’aux oreilles, et à laquelle on ajoute par coquetterie un gros flocon de fils qui sautille sur la tête.

La chaussure comprend les sabots, les brodequins et les souliers, enfin les guêtres, en fort drap de laine, pour l’hiver, et les bas.

Les femmes portent des robes communes, des cotillons, des tabliers, des cazaquins ou brassières. Sur la tête et les oreilles, de simples mouchoirs en laine et en coton.

Pendant l’été il n’est pas rare de rencontrer pieds nus hommes, femmes et enfants.

Seul, le culte catholique est pratiqué à Aulon. La population paraît très zélée à suivre les exercices de dévotion. Mais si les cérémonies religieuses sont en honneur, les fêtes profanes ne sont pas délaissées. La coutume veut que le jour du mardi gras, vulgairement appelé jour de carnaval, toutes les femmes soient occupées à faire des crêpes à la poêle, du matin au soir. La nuit venue, tous les habitants, à moins de haines ou d’animosités profondes, doivent se rendre visite réciproquement, manger des crêpes et boire du vin dans toutes les maisons. C’est un va et vient continuel jusqu’au lendemain. La tempérance et la sobriété reçoivent une rude atteinte en cette occasion. On se repose le mercredi, mais peu de personnes manquent à la distribution des cendres.

Rien d’important en fait de monuments. L’église, très ancienne, date, paraît-il, des Templiers, mais les réparations qu’on y a faites à diverses époques lui ont fait perdre tout caractère remarquable.

L’une des deux cloches aurait été fondue en l’année 1255. Elle fut cachée dans un champ lors de la Révolution française.

A gauche de l’entrée de l’église est suspendu un grand tableau représentant le martyre de saint Félix, patron de la paroisse. Ce tableau, dont l’auteur était Gaspin de Bourisp, date de l’année 1748.

A l’extrémité Est du village, se trouve un massif rocheux, de nature calcaire, très élevé, dominant fièrement le vallon ; on l’appelle Castéra, ce qui veut dire château, bien qu’il n’y ait aucune trace de ruines.

Aux archives communales, les documents destinés à établir l’histoire de la commune ont été égarés ou n’ont jamais existé.

A la sacristie, m’a-t-on affirmé, se trouvent des parchemins très anciens que je n’ai pu voir malgré mon vif désir. Le maire actuel a prétexté que la clef de l’armoire où se trouvent ces pièces avait été égarée par son prédécesseur.

Enseignement

Il est difficile de remonter à des dates reculées en ce qui concerne l’historique de l’enseignement dans la commune. On sait seulement qu’avant 1833 l’école mixte d’Aulon était dirigée par un instituteur peut-être sans diplôme, pendant l’hiver seulement. Durant la belle saison, les enfants étant occupés aux travaux agricoles et à la garde des bestiaux, l’école n’était point fréquentée, l’instituteur se retirait chez lui jusqu’à l’hiver suivant. Il vivait, disent les anciens, le plus souvent chez les parents des élèves. Le paiement consistait partie en argent, partie en produits agricoles.

L’enseignement a été organisé ensuite conformément aux lois scolaires de 1833 et suivantes. En 1870, l’école cessa d’être mixte : une institutrice fut nommée et chargée particulièrement des filles. Actuellement encore la commune possède un maître d’école, et la même institutrice, native de la localité.

Quant aux locaux scolaires, c’est seulement en mars 1881 que les travaux de construction d’une maison ont commencé ; ils se sont terminés dans le courant de l’année 1882.

Avant la construction de ce bâtiment, l’enseignement était donné soit aux garçons soit aux filles, dans des chambres prises à loyer. Les maîtres étaient logés aussi chez les particuliers.

La nouvelle maison d’école, située au centre du village, comprend au rez-de-chaussée deux salles de dimensions égales, l’une pour les garçons, l’autre pour les filles, et séparées par un corridor. La longueur de chaque salle de classe est de 7 mètres, la largeur, de 5m 15 et la hauteur, de 3m 23.

Le mobilier scolaire se compose, dans la première salle, celle des garçons, d’un poêle en fonte, de seize tables à deux places chacune, d’un tableau noir en bois de sapin, de trois cartes géographiques : Mappemonde, Europe, France ; d’un petit globe terrestre et d’un tableau du système métrique.

A l’école des filles il y a neuf tables à deux places, un tableau noir et un globe terrestre. Le ministère de l’Instruction Publique vient de lui accorder il y a quelques jours une concession de cartes de géographie et un tableau des poids et mesures.

Dans aucun des deux locaux il n’y a pour les maîtres ni table, ni bureau, ni même une chaise.

Au corridor est placé l’escalier conduisant au premier étage et de là, au grenier. L’espace du 1er étage est la reproduction de celui des salles de classe ; il est seulement divisé en quatre chambres ayant une fenêtre chacune, et les deux principales ornées en outre d’une cheminée. Ces quatre pièces forment le logement de l’instituteur. L’institutrice loge dans la maison de ses parents. Si une maîtresse étrangère à la commune était envoyée à Aulon, l’autorité municipale devrait lui procurer un logement en dehors de la maison d’école.

Devant la façade principale, au midi, se trouve la cour de récréation des garçons. Au côté Est de cette cour est le préau couvert, au sud duquel sont établis les communs.

L’entrée et la sortie des filles a lieu par une porte donnant sur la rue à l’ouest : ni cour, ni préau, ni latrines pour elles.

Il est également regrettable qu’il n’y ait pas un jardin pour l’instituteur.

A part les inconvénients que je viens de faire connaître, les besoins sont à peu près satisfaits.

Les enfants fréquentent assez régulièrement les classes pendant l’hiver, quand le sol est couvert de neige ; mais la disparition de la nappe blanche est l’annonce certaine du départ d’un bon nombre d’élèves que les parents emploient à la garde des moutons et des brebis. Pendant les trois meilleures saisons de l’année, une grande partie des enfants ne paraissent presque pas à l’école.

A part quelques exceptions, l’état de l’instruction laisse encore un peu à désirer, quoique parmi les conscrits de ces dernières années il n’y en ait point qui soient complètement illettrés.

Les conjoints n’ayant pas su écrire leurs noms sont au nombre de deux, du sexe féminin.

Les institutions scolaires : bibliothèque, caisse des écoles, caisse d’épargne, n’existent pas encore.

La seule amélioration qu’il serait, peut-être, possible de réaliser  en ce moment, c’est la création d’une bibliothèque scolaire et populaire. Ayant insisté auprès de M. le Maire sur la nécessité de posséder une armoire, j’ai obtenu la promesse que ce meuble serait confectionné dans le courant du printemps de cette année, malgré la pénurie de ressources de la caisse municipale.

Le traitement des maîtres est actuellement de 1.100 francs pour l’instituteur et de 600 francs pour l’institutrice. La commune contribue à ce dernier chiffre pour une part de cent cinquante francs (150).

(1) Termes des statuts de la confrérie.

Mars 1887.

L’instituteur d’Aulon.

Georges Cérèze

Source : Archives Départementale des H. Pyrénées

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